J'Habite Un Soupir


La cosmétique de la récompense

Mercredi 3 mai se tenait au Futuroscope une cérémonie de la remise du Trophée des Femmes de l'Économie. Si ce type de manifestation peut être perçue par les lauréates comme un premier pas vers la reconnaissance, ou du moins une forme d'encouragement dans leur choix d'entreprendre, on peut néanmoins regretter qu'aucune forme d'éthique ne soit liée à la récompense, ni même une volonté de changement.

Dans un café une jeune femme brune à la peau mate et vêtue de couleur chocolat écrit sur un carnet rouge

En effet, sur le site internet de l'organisation, seul le critère de cheffe d'entreprise dans la communication, les ressources humaines ou à l’international permet de poser sa candidature. Aucun portrait détaillé des juré.es et des précédentes gagnantes n'y est présenté, pas plus qu'un suivi qui permettrait d'évaluer l'impact du prix remporté ainsi que les opportunités qu'il est sensé ouvrir aux carrières.

À vue de nez, cela ressemble à une coquille vide, un simple coup de communication pour les partenaires qui s'offrent ainsi une conscience concernant les discriminations faîtes aux femmes, un effet cosmétique et une image bienveillante portée en bannière, un masque sur les réalités pour mieux les faire taire.

L'amusement dînatoire en l'honneur de quelques cas érigés en exemple, parce que ces femmes ont réalisé une chose tellement plus acquise parmi les choix de parcours offerts à la seconde moitié, est très loin de pouvoir constituer la première pierre d'une évolution vers l'égalité. C'est juste l’acceptation polie d'une situation regrettable.

Un homme au blouson de cuir et une jeune femme blonde juste derrière lui coiffée d'un bonnet assorti à sa veste en jean, sont tous deux dans un café à l'occasion de l'écoute publique d'un meeting de campagne des présidentielles

Le fait de créer des prix de cette sorte ne fait qu’entériner le statut de minorité sociale des femmes et le non respect de la loi où l’égalité avec les hommes est pourtant inscrite. Les mettre en concurrence exclusivement entre elles, c’est admettre qu’elles ne sont pas en mesure par définition de participer à un concours général ouvert à tous, juste avant de les diviser par le choix d’un jury qui a l’ironie d’être mixte et décide de la meilleure forme de la réussite. Cela contribue à entretenir cette sous-valeur attribuée par le système à la moitié majoritaire de la population, une construction culturelle dans le but de l’opprimer et l’exploiter pour sa capacité reproductive et sa force de travail, tout en éloignant son attention des véritables causes et responsabilités de sa condition.

Ceci dit, on ne saurait en attendre davantage d'une fête sponsorisée par un monopole de l'hôtellerie, un magazine féminin installé au Luxembourg et des enseignes de substitution au service public de la sécurité sociale, de l'enseignement et de l'emploi. Mais également par Forbes qui référence les plus grands milliardaires, les plus grosses entreprises du CAC40 ou les femmes les plus puissantes du monde, comme Angela Merkel qui détient la tête de liste depuis dix années presque consécutives. Ou bien encore par Émirates, compagnie aérienne d'un pays où les immigré.e.s sont victimes de trafics humains, où sont légales la torture et la peine de mort par lapidation, et où, entre autres joyeusetés du même acabit, le code pénal donne aux hommes le droit de discipliner leurs femmes et leurs enfants, y compris en usant de la violence physique.

À une des tables assis devant une tasse de café ou un verre de bière, une jeune femme et un jeune homme qui tient un micro et a pris la parole

J'aimerais rappeler que nous vivons dans un écosystème unique aux ressources limitées et que nous avons l’obligation désormais d’en tenir compte dans notre manière d'entreprendre, de produire et de consommer, dans l’intérêt même de l’Humanité et des générations à venir. Et au delà de cette réalité, nous serions avisés d'avoir une autre ambition qu'un simple prix en aval pour quelques unes parmi celles qui ont créé leur emploi, et aucun plan en amont pour changer les difficultés seulement liées à leur genre.

Il faut inscrire dans les lois de la République le statut des citoyen·ne·s égales et égaux en droit, et y allouer des moyens substantiels afin de le faire respecter. Tel, entre autres cadres incitateurs, un commissariat de l’égalité et de lutte contre les discriminations qui serait doté d’un pouvoir de contrôle, d’alerte, de saisie et de sanction. Tout ceci relève simplement d'une volonté politique, et du législatif. Or nous voici à quelques semaines des élections législatives. Saisissons l'opportunité de ce troisième tour pour faire basculer les rapports de force.

Une jeune femme assise devant son verre de bière vide tient son visage dans ses poings en écoutant la conférence, derrière elle et flou le jeune homme au micro de tout à l'heure qui porte son doigt à ses lèvres et semble être concentré

Le 17 mai 2017 — Posté par corOllule dU cHamp Du pOirier dans Ma Ville