Mourir de rire


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

C'est lui que j'ai entendu le premier, le voisin du dessous. À peine deux jours après mon emménagement, en fin d'après-midi, j'entends soudain de la musique de variétés jouée depuis mon plancher. C'est sans doute la seule fois de ma vie que je n'ai pas hésité une seule seconde avant d'aller réclamer à un voisin qu'il tienne compte de ma présence.



Je suis descendue par l'escalier, j'ai frappé, un peu attendu, puis la porte s'est ouverte sur un homme plus petit que moi, chauve, bien enrobé, portant lunettes métalliques sur un visage insignifiant, au regard vide et à la voix extrêmement fluette. Je me suis alors légèrement détendue, j'ai même souri, et je me suis présentée avant de lui demander poliment de baisser le volume de sa chaîne. Il n'a pas rechigné, s'est même excusé.

Le lendemain, cependant, à la même heure, je devais déjà redescendre, cette fois excédée, pour taper lourdement à sa porte. J'étais tellement en colère que je n'ai d'abord pas dit un mot. Mes jambes tremblaient. Je venais de passer dix ans dans une très grande ville à subir les nuisances multiples d'un voisinage odieux, témoin malgré moi de la détresse sociale, de violences conjugales, d'abus de confiance, de maltraitance, de bagarres de rue, d'incivilités de toutes sortes. J'avais tout juste réussi à m'extirper de ce passage, et je réalisais que, finalement, rien n'allait jamais cessé.



Face à ce nouveau voisin, et à l'avenir qui se profilait comme identique au passé, le souffle coupé, je réitérai en balbutiant ma demande de respect, et contre toute attente, je n'eus plus à intervenir. Ce qui pour autant n'en a pas moins contredit mon pressentiment.

Car très vite après la réussite de cette entente à l'amiable, le bruit que j'avais fui de la grande métropole, celui qui cogne sournoisement dans le diaphragme, qui agrippe le ventre, crispe la mâchoire et raccourcit la respiration, ce sont les autres locataires, à tous les étages ou presque, qui se sont appliqués à le provoquer. Avec zèle. Disputes, cris, dégringolades, poursuites, hurlements, claquements, pleurs...

Le seul qui se marre dans cet immeuble, c'est mon voisin du dessous.



La configuration aurait pu inciter tout le monde à un peu plus de savoir-vivre qu'en règle générale, mais il n'en est rien.

En effet, la structure de l'immeuble est tellement mal conçue qu'elle agit comme une caisse de résonance et transmet toutes les vibrations. Des fondations en béton armé aux cloisons en briques creuses, en passant par la cage d'escalier en parpaings, les sons se propagent dans toutes les directions. Un bâtiment tendu comme la peau d'un tambour, jusqu'à donner la sensation d'un édifice en équilibre qui tangue lorsqu'il subit la force d'une violente tempête.

Du coup, quoi qu'on fasse, même si en faisant attention, comme mon voisin du dessous, cela rend les lieux clairement plus supportables, impossible de préserver une complète intimité. L'immeuble nous trahit. Chaque jour un peu plus, on perçoit les autres. Ainsi, lui et moi, on s'entend vivre. Du moins c'est surtout aux aurores, depuis mon lit, à moitié aspirée encore par mes rêves, que je peux être témoin auditif de son rythme quotidien.



Se levant très tôt, à cinq voire quatre heures du matin, je l'entends qui s'extirpe de son sommier à ressorts dans des craquements grinçants, ouvrir le cliquetis de son volet roulant, puis parcourir son logement, durant plusieurs dizaines de minutes, durant des heures certains dimanches, dans une succession d'allées et venues, avec ses savates qui claquent. Je l'imagine aérer et faire son lit, ranger des vêtements, faire la poussière, balayer, plier du linge. Parfois s'élève le son fondu et nasillard d'une radio qui débite son flot continu d'infos préformatées.

Puis les savates s'éloignent et le calme retombe. Sans doute rejoint-il sa cuisine pour y manger à sa table en formica des tartines beurrées avec un large bol de café noir. Parfois, alors que le sommeil m'enrobe à nouveau dans l'inertie moelleuse de mon oreiller en plumes, tombant comme une feuille à l'automne, soudain claque un larynx qui se contracte, se tord sous de violents spasmes, échappe les râles d'une gorge qu'on racle et des salves de gargouillis.

Un jour j'ai d'abord cru qu'il faisait une attaque, puis une crise d'asthme. Plus tard dans la journée, je lui ai même amicalement glissé dans sa boîte aux lettres une liste d'huiles essentielles susceptibles de le soulager. Qu'il a promptement remis dans ma propre boîte, un peu chiffonnée... Quelle andouille je fais.



Au fil du temps, j'ai fini par envisager que cet homme souffrait d'une maladie professionnelle. Atteinte des voies respiratoires ou du foie. Empoisonnement par une exposition prolongée à des composés toxiques. Ou bien, certains soirs, est-il un peu trop amateur d'alcool ? Combien de fois ai-je sursauté au bruit mat d'une bouteille qui tombe et roule sur le plancher. À moins qu'il soit en proie à un stress intense, juste avant de partir à son travail, renvoyant son petit déjeuner dans le sens inverse, plié en deux au dessus de son lavabo, l'acidité abîmant ses cordes vocales.

J'ignore tout à fait de quoi il retourne en réalité. Et je dois d'ailleurs reconnaître que ces épisodes se produisent maintenant de plus en plus rarement. Peut-être l'effet d'une prescription adaptée, ou l'origine du stress qui a disparu. Cependant sa voix reste étouffée, haut perchée et légèrement cassée, lorsqu'en se croisant il me salue.

Souvent, quand c'est à la nuit tombée, ces yeux alors écarquillés, presque aucun son ne sort de sa bouche. Je crois que de m'entendre circuler dans les communs sans éclairage, ayant pris l'habitude de ne jamais allumer la minuterie, le déconcerte au point de me soupçonner des origines slaves et un lit cercueil.



Ce locataire, célibataire, aux journées réglées comme du papier à musique, écoutant tous les lundis en fin d'après-midi la sélection musicale proposée par un magazine culturel auquel il doit être abonné, ronflant la nuit comme une forge, passant chaque fin de semaine dans un logement pris en sandwich entre de multiples vacarmes, a la politesse et l'humeur égales.

Par le conduit d'aération passive dans les toilettes, si le hasard fait que nous nous trouvons superposés, chacun dans la même pièce, lui et moi contraints à la même nécessité biologique, je l'entends parler tout seul.

Sollicité par de très rares visites, jamais en soirée pour un apéritif ou un dîner, jamais, ne se démarquant par aucun éclat, ce petit homme sans relief, ce voisin qui me salue avec le timbre de Nana Mouskouri, met tous les matins ses lourdes chaussures de sécurité avant de partir pour toute la journée, quelle que soit la couleur du ciel.

Et chaque soir, revenant de l'épicerie avec du pain, il monte les étages, tourne silencieusement la clé dans sa porte et, après avoir tourné un peu dans son logement, pris une douche, enfilé ses pantoufles et peut-être quelque anxiolytique, une fois bien installé devant sa télévision, il rigole.



DClassé dans : Mes voisins ,Mots clés : Bruit, Chambre, Matin, Savoir-vivre

Le cacao de la médiathèque


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

À croire que le bruit est mon obsession. Ceci dit, il faut bien reconnaître que dans le monde d'aujourd'hui, le silence est un luxe que peu d'entre nous a les moyens de s'offrir, autant que la douce et harmonieuse vue d'un paysage naturel.



Pour échapper à l'épuisement que suscite chez moi le bruit dans mon appartement, je sors. Je vais dans un café, ou plus fréquemment à la médiathèque.

Pourtant, dehors le bruit est aussi au rendez-vous. Le bruit et l'odeur...

Quand on se déplace exclusivement à pieds et en bus, les oreilles et le nez mangent en continu du klaxon, des sirènes, du pot d'échappement débridé, comme des particules fines de diesel, de l'haleine à la mauvaise bière et du tee-shirt synthétique saturé de transpiration.



Même dans des lieux dédiés au calme et à la concentration comme la médiathèque, peu d'usagers ont l'intelligence du savoir-vivre qui incite à parler en chuchotant, à porter une chaise plutôt que de la traîner, à éteindre la sonnerie de son téléphone et à éviter d'y répondre quand il se met à grésiller à tue-tête "Il tape sur des bambous et c'est numéro un...."

De mon point de vue, la médiathèque de ma ville est également un bâtiment très moche.

Toutes ces surfaces de béton comme autant d'aires stériles me dépriment. Cet édifice gagnerait en chaleur s'il se parait de persiennes en bois et de matières végétales. Tant de techniques maîtrisées aujourd'hui permettent de climatiser et orienter le soleil qui frappent trop directement une baie vitrée, mais aussi de verdir en verticalité, d'étoffer les façades de chlorophylle, d'épaissir leur surface de tiges et cuticules, de feuilles persistantes et autres lignines enracinées, d'orner d'arabesques et de guirlandes vivantes, bigarrées, panachées et convolutées.




Cependant à l'intérieur l'accueil est moins catastrophique.

Bien qu'il manque un peu partout de tables et de chaises, et que le rez-de-chaussée où loge le comptoir de l'Artothèque serait idéal pour y disposer un vrai café, l'endroit cependant apporte quelques compensations pour qui cherche un refuge pour étudier, lire, s'informer, jouer, méditer, surfer sur le net, écouter de la musique, et même déjeuner sur le pouce, socialiser...

Bref... se changer les idées.

En fait, en ce qui me concerne, je distingue cinq bonnes raisons d'aller à la médiathèque.


L'absence de distraction ménagère


En dehors de chez soi et loin de son frigo, entouré de livres et de journaux, point de diversion du type couche de poussière que l'on aperçoit soudain sur ses étagères. Extraite de mon habitat et de ses distractions intempestives, postée à une table dans un décor qui n'est pas le mien, le moment dont je fixe seule la durée se prête plus facilement au détachement et au travail intellectuel.


Le spectacle de la rue et des gens


Sans conséquence sur la concentration, pouvant même au contraire favoriser l'assimilation et l'imagination, si l'on a une place assise près d'une baie vitrée, on peut poser son regard un instant sur un reflet de soleil dans une chevelure, un nuage qui s'étire, la fenêtre de l'immeuble d'en face qui s'ouvre. Puis on revient à son ouvrage, les neurones quelque peu réactivés.

De même à l'intérieur de la médiathèque. On regarde les choses s'égrener autour de soi, un visage centré sur une copie qu'un stylo noircit, des doigts qui dansent sur un clavier, des lèvres qui effleurent le titre d'un livre survolé. Dehors et dedans, voir le flot et le flux des choses avec la jouissance de n'y prendre aucune part.


L'unité de temps


Cette posture d'ailleurs donne au temps un tout autre rythme. Soit qu'il accélère follement quand on est pris par un sujet, plongé dans des ouvrages et des prises de notes. Soit qu'il freine soudain de ses grands pieds - oui le temps chausse grand - et s'effiloche en de multiples secondes suspendues au geste d'un enfant, à l'œil malicieux d'un joueur d'échec, à la bouche crispé d'un buveur de café brûlant, à l'élégance d'une grande femme aux cheveux blancs qui traverse le hall, à une main qui se glisse dans un chignon.


Le hasard de la convivialité


Dans le hall, plusieurs tables, hautes et basses, fauteuils et canapés sont disponibles pour se détendre. Rien n'empêche de s'y installer également pour travailler, mais dans ce cas, il faut être dans de bonnes dispositions quant à cette tendance attachée au lieu qui porte les gens à la curiosité et à entamer facilement avec vous une conversation. La disponibilité s'impose pour la rencontre. Pour aborder le sujet de la couverture du magazine que vous lisez, de la climatisation toujours un peu trop froide, de la pluie qui commence à tomber, du livre et du cahier ouverts qui trahissent à la vue de tous l'objet de votre étude, ou de la monnaie qui manque pour une barre de chocolat.

Le cacao liquide


En parlant de chocolat, dans ce même hall est à disposition un distributeur de réconfort, sous forme de caféine principalement, mais aussi de différents thés et d'une préparation industrielle déshydratée appelée "Cacao fort" à laquelle va ma préférence. Tout à fait mousseux, parfumé mais pas trop sucré, c'est une douceur liquide et veloutée que je recommande chaudement.



DClassé dans : Ma ville ,Mots clés : Bruit, Autonomie, Savoir-vivre, Couleurs

Bilan des bruits


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Dernière mise à jour 03 septembre 2018

Au bout de sept années, je n'en finis pas de lister les sources de nuisances sonores que je peux subir dans cet appartement. Chaque année, un nouveau motif de bruits survient, les répits ne durant que quelques mois. Ceux liés à une configuration constante comme la circulation par exemple, mais aussi les occasionnels qui s'additionnent aux premiers et ensemble créent un environnement de stress continu parfois très difficile à surmonter.



Voici depuis que j'ai emménagé jusqu'à ce jour, la chronologie des événements exceptionnels survenus à l'extérieur de mon immeuble et ayant entraîné du bruit mais aussi pas mal de pollution :

  • Chantier de rénovation de l'usine de traitement de l'eau (durée 2 ans)
  • Chantier de ravalement de la façade de l'immeuble, peinture des volets et rambardes de balcon (durée 3 mois)
  • Chantier de construction de l'épicerie solidaire (durée 6 mois)
  • Chantier d'isolation extérieure de la maison de quartier
  • Réaménagement du terrain autour de l'épicerie solidaire
  • Chantier de construction de trois maisons en face du city park (durée 18 mois)
  • Chantier d'isolation extérieure de la salle de sport
  • Chantier de construction du foyer des jeunes handicapés (durée 1 an)
  • Chantier de démolition de l'ancien foyer
  • Chantier de réaménagement des voiries du quartier et des espaces verts (durée 2 ans)
  • Chantier de réfection de la route entre le château d'eau et l'entrée du quartier
  • Chantier de rénovation de la maison en face du city park.
  • Chantier de mise aux normes des égouts fluviaux au bassin d'orage.
  • Chantier de tranchées dans le terrain de la résidence en face du gymnase.
  • Chantier de terrassement derrière la maison de retraite.
Maintenant ceux s'étant déroulés à l'intérieur de l'immeuble, sur plusieurs jours, voire plusieurs mois :
  • Remplacement des portes d'entrée des appartements et de leur cave
  • Installation d'un digicode et d'une nouvelle porte d'entrée d'immeuble
  • Installation d'un compteur d'eau individuel dans les toilettes
  • Installation d'un détecteur de fumée dans chaque appartement
  • Remplacement des fenêtres et des portes-fenêtres pour les chambres et salons (durée 2 mois)
  • Installation d'une VMC dans l'immeuble (durée 3 mois)
  • Remplacement du compteur électrique pour un modèle Linky


Et enfin les sources de pollution sonore régulières, voire quotidiennes, à l'intérieur comme à l'extérieur :

  • Entretien des espaces verts (tondeuses, souffleuses, broyeuses, tailles-haies...)
  • Bruits de moteurs électriques et de générateurs provenant de l'usine de traitement de l'eau
  • Nettoyage des voiries (karshers, souffleuses, véhicule balai-aspirateur...)
  • Claquements des volets en métal tous les matins pendant cinq ans
  • Activité de l'épicerie solidaire (livraisons, voitures, atelier bois...)
  • Cris provenant des cours d'école aux heures de récré
  • Cris et hurlements de pleurs parfois incessants provenant de l'aire de jeu de la garderie au pied de l'immeuble
  • Travaux réguliers d'entretien des réseaux sous les voiries
  • Sorties des poubelles par le concierge
  • Nettoyage des aires de jeux de la garderie (karshers, souffleuses...)
  • Cris, hurlements et rebonds des ballons provenant du city park
  • Démarrage brutal sur le gravier du parking (tous les jours pendant six ans)
  • Circulation parfois dense ajoutée au diesel des bus
  • Rondes diurnes et nocturnes de scooters sans échappement
  • Dos d'âne au carrefour qui a été recouvert d'un revêtement aux graviers sur lequel dérapent les pneus des voitures
  • Répétitions et concerts de la maison de quartier
  • Voisins qui hurlent après leurs gamins, parfois toute la journée, voire toute une semaine
  • Gamins des voisins qui jouent au ballon ou à la trottinette, sautent ou courent dans un sens puis dans un autre, ou tout simplement hurlent et pleurent, durant des heures
  • Vent dans la colonne d'aération passive, dans les grilles d'aération des fenêtres, dans les rambardes des balcon
  • Tac-tac du nouveau compteur d'eau lorsqu'on ouvre un robinet et qui s'additionne aux autres tacs-tacs des compteurs des voisins
  • Moteur de la VMC qui remplace le sifflement du vent de la grille dans la salle de bain
  • Chant lyrique du robinet de la cuisine suivi de celui de la salle de bain
À titre d'exemple, voici l'ambiance qui régnait ce matin de 9 à 11h30 :
  • Scie de l'atelier bois de l'épicerie
  • Gamins en récré et dans l'aire de jeu de la garderie
  • Gamine du 5 faisant son jogging d'une pièce à l'autre
  • Tondeuse et débroussailleuse autour de l'usine de traitement de l'eau


Et cela ne semble pas vouloir s'arrêter. Des techniciens ont fait dernièrement des repérages sur le toit de la maison de retraite juste en face... Bientôt va débuter un chantier de construction d'habitations à la place de l'ancien foyer des handicapés... Ce qui d'ailleurs, en plus du bruit, prolonge ce temps où des engins brassent les diverses matières qui composent le sol, durant des semaines, provoquant des épisodes d'allergie assez dense, compte tenu de la pollution de l'air déjà importante désormais et des pics devenus routiniers. Enfin je verrais sans doute et sans surprise d'autres épisodes d'entretien ou de réfection éclore ça et là, comme en ce moment ce chantier en cours de rafistolage de l'isolation extérieure d'une des tours du quartier.

À noter que le chantier de réaménagement des voiries a amené des engins de terrassement à œuvrer autour de mon immeuble pendant plusieurs mois, martelant puissamment le sol au point de faire trembler les murs et les fenêtres de toute l'enceinte, d'une force de vibrations se propageant dans les fondations jusqu'au toit, faisant tinter la vaisselle et gigoter les rideaux, jusqu'à ne plus percevoir la différence avec un tremblement de terre. Je dis ça parce qu'en fait [ il s'est réellement produit un tremblement de terre à la même période], et bien que bizarrement secouée un matin dans mon lit, j'ai été persuadée qu'il s'agissait du chantier après lequel je râlais une fois de plus en me réveillant en sursaut.



Et tout ce bruit, ces chantiers, sans voir jamais une amélioration notoire de la vie des habitants. Bien sûr je me félicite du déménagement des jeunes handicapés dans un établissement tout neuf bien plus confortable, je pense, que le bâtiment insalubre qu'ils occupaient auparavant. Mais je n'ai pas le même enthousiasme concernant l'épicerie solidaire qui entérine un système plutôt que de le remettre en cause.

Et je regrette de constater la facture médiocre de tout ce qui est mis en œuvre. Les matériaux, les formes, les aménagements, tout est de mauvaise qualité, pensé à l'envers du bon sens, excluant les opportunités de créer du lien social, de faire ralentir les véhicules, de favoriser la sécurité des déplacements à pieds et à vélo et, d'augmenter la canopée, d'embellir les espaces, de les verdir durablement. Tout au contraire.

La "modernisation" qu'on a pu lire sur les plaquettes n'était là encore qu'un joli mot, un processus cosmétique de surface. En réalité, tout est à court terme. Et dès qu'une parcelle de terrain se libère, c'est d'abord pour la bitumer, la goudronner, la bétonner.

Et dans mon immeuble, c'est la même chose. La peinture de la façade serait déjà à refaire, les doubles vitrages sont des premiers prix, la pose a été bâclée, aucun réglage individuel du chauffage collectif n'est possible, aucune isolation répondant aux normes actuelles n'est envisagée, dans les communs le vasistas d'évacuation des fumées ne s'ouvre pas, aucune issue de secours n'est disponible, ni même un seul extincteur...

Bref. Bienvenue dans [Grenfell]-bis. L'essentiel de ce qui compte et qui devrait être réhabilité est laissé au panier des oubliettes, tout comme les locataires et leur éducation.


DClassé dans : Mon appartement, Mon quartier, Mes voisins ,Mots clés : Bruit, Aménagement, Politique, Savoir-vivre