Mon côté Sorcière


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

"Speedy Gonzales"... "Police"... "Jambes d'allumettes"... "Trisomie 21"... "Zizi-coincé-dans-le-placard"... "Mate-je-?"...
sont les quelques surnoms collectionnés par la petite fille maigre, introvertie, à la limite de l'aphasie, que j'ai été.

Pour démentir ces projections dont pour la plupart je ne comprenais pas la portée, je me suis fabriquée le costume du parfait clown de service, qui raconte des blagues de Coluche, imite de Funès, Zitrone et Mr Gonon le prof d'Histoire-Géo. Puis je suis tombée amoureuse de Sophie Marceau, me suis passionnée pour le cinéma et j'ai décidé de devenir "Actrice" !

C'était ignorer ma réalité. Une toute autre histoire.



Un jour, je suis allée voir mon patron pour lui demander une promotion. Je travaillais dans un fast food. C'est vrai que j'aimais beaucoup faire équipe avec l'un des managers mâles de mon restaurant, mais je ne m'attendais vraiment pas à ce que mon patron le relève et me demande si cette motivation pour devenir aussi manager n'était pas simplement parce que j'étais tombée amoureuse de lui.

Puis non content de m'avoir séchée sur place, il commença à m'expliquer qu'il fallait vraiment aimer ça - fabriquer et servir des hamburgers - "fallait en bouffer du ketchup, avoir du ketchup dans les veines, aimer bouffer du ketchup tous les matins". Et simultanément, tout en l'écoutant, je me voyais déjà devoir chaque jour aller en réserve sèche pour ouvrir un sachet de ketchup et le gober avant d'aller pointer en croisant mes collègues chefs arborant leur beaux bras écarlates, veinés de ketchup.

Évidemment ma logique est tout de suite intervenue pour m'indiquer que ce n'était pas possible, que c'était une façon de parler. Mais j'avoue, je n'y entends rien aux façons de parler.



À mes dix sept ans, mon père m'a offert une montre. C'était ma première vraie montre, pas une en plastique avec un écran à quartz. Non, c'était une montre analogique avec un cadre en métal anthracite, ses nombres et ses aiguilles étaient bleu jean, et son bracelet en cuir marron caramel. Elle était magnifique. Le premier jour que je suis allée au lycée avec, j'étais fière, je jubilais.

Durant la pose déjeuner, au seul café snack du quartier, j'étais en compagnie de "mes deux meilleures copines" - du moins je mangeais à la table à côté de la leur, seule - et je saisissais chaque prétexte dans leur conversation pour regarder ma montre et leur dire l'heure. Je mangeais, je parlais, j'écoutais en regardant ma montre, tout à l'admiration de cette belle mécanique. Et soudain, l'une des copines me tomba dessus en me demandant de bien vouloir"fermer ma gueule, qu'il y en avait raz le bol de m'entendre égrener le temps comme l'horloge parlante".

Je me suis littéralement brisée en deux. Le chagrin m'a envahie comme une chasse d'eau. Au bord des larmes, j'étais paralysée par la brutalité de sa réaction quand je n'étais qu'amour et partage de ma joie.

Depuis j'ai fait un long chemin. Je sais faire la part de ce qui ne se voit pas chez moi de ce qui se voit. Ou presque.



Je ne peux pas parler et regarder en même temps dans les yeux la personne à qui je m'adresse. Et si on me parle en me regardant dans les yeux, une erreur 404 s'affiche derrière les miens.

Quand je suis dans un groupe, je n'arrive pas à tenir une conversation plus de quelques minutes. Mon attention décroche assez vite de mon interlocuteur et s'agrippe à tout ce qui dépasse autour, dans mon champ auditif et visuel. Et très vite je finis là, dans un coin, à entendre les choses et les gens, à regarder dans le vague, sans comprendre les enjeux des sujets abordés. Je crois déranger si je rouvre la bouche, je n'ose pas couper la parole. Et si malgré tout je m'y risque, attirant sur moi l'attention de l'ensemble du groupe, ma voix sort de ma bouche avec la puissance d'un cri de campagnol.

L'idée que je tente alors d'exprimer se contracte et je sens mon cerveau se vider comme une gourde percée. Je m'entends parler, je me vois parler, mais je ne sais plus vers quoi mon propos tente d'aller, car je n'ai plus accès à mes souvenirs, à mes références, à mon stock de ressources, aussi humble soit-il, et j'ai peur que ça se voit.

Je n'aime pas non plus que l'on me touche, je respire moins bien.



Longtemps lorsqu'un imprévu s'intercalait brutalement, j'étais prise d'un monologue inondant mes synapses et d'une impatience emballant tous mes nerfs, extrêmement pressée de régler cet épisode pour revenir mon rythme normal.

Pour contrer l'anxiété qui m'envahit face à des évènements inhabituels, je me prépare constamment mentalement, je planifie des semaines à l'avance, j'envisage un catalogue de scénarios, tout en sons et en images, avec dialogues et variables scrupuleusement réfléchies. Que ce soit pour un déplacement dans une autre ville, une visite chez mon ostéo ou un simple repas entre copines.

Depuis bientôt cinq ans, je fais du théâtre pour remédier à des crises de tremblements avec paralysie de la mâchoire qui m'ont souvent fait frôler le malaise vagal dans des circonstances pourtant tout à fait banales. Grâce à l'accès facile et gratuit à des vidéos de séances de yoga sur le web, j'ai appris seule, chez moi, à respirer et dans une certaine mesure à lâcher prise. Aujourd'hui la houle reste sous contrôle dans mon ventre.



Pour les mêmes raisons, je n'invite jamais personne à venir chez moi. Quand c'est indispensable, j'ai besoin de le planifier bien à l'avance. Je déteste ça, pas celle ou celui qui vient, mais qu'on entre dans ce qui est pour moi mon ultime intimité. C'est juste au dessus de mes forces. Parce que c'est l'endroit sensé me protéger de toute cette foultitude d'éléments disparates et dénués de tout bon sens à l'extérieur, qui affolent mon système neurovégétatif, c'est mon dernier refuge, où je connais par coeur le moindre éclat du carrelage ou accroc de tapisserie. D'ailleurs je n'ouvre jamais ma porte quand je n'attends personne.

Voyager est aussi une lourde épreuve. Mais paradoxalement j'ai été détendue et très à l'aise dans ce monstre urbain qu'est Tokyo. Certainement du fait que je ne lis pas le japonais, mon cerveau a pu se mettre au repos, cessant d'être constamment sollicité par de multiples informations, percevant à la place juste de simples dessins.

Quand je suis quelque part, en week-end, en résidence ou bien à un pique-nique, très souvent je me fais mal. Je tombe, trébuche, me tord la cheville, je me coupe, ramasse une écharde, casse, inonde, met en panne ou brûle quelque chose.

Ou bien je me fais un suçon du tympan en retirant un des bouchons sensé m'aider à dormir à côté de la copine dont la respiration nocturne peut atteindre les 80 décibels. Et je ne le dis à personne, même si du sang sort de mon oreille.



Je n'ai jamais eu d'attirance sexuelle. J'ai passé plusieurs nuits avec différents petits copains sans qu'il ne se passe absolument rien. J'aime seulement certaines textures de peaux et de pilosités, surtout au niveau du cou, et j'aime une frontière nette, franche, entre la nuque et la racine des cheveux. Les mains mates et musculeuses, aussi.

Je tombe intellectuellement amoureuse. Amoureuse d'un regard intense, rempli d'un éclat incisif, et puis d'une belle diction... très souvent c'est une douce et manière soutenue de parler qui m'attire physiquement. Non pas pour mélanger nos fluides, mais bien davantage pour simplement être ensemble.

Je suis tout à fait apte et disposée à ce que mon corps exulte, j'ai même plutôt beaucoup de facilités à éprouver du plaisir, mais quand je rencontre quelqu'un, c'est sans doute la dernière de mes préoccupations. Dans la vie en général, du reste. Le contact physique, je l'ai dit, est tout un problème, mais la conversation, l'échange, les jeux subtils de la séduction sont pour moi du charabia. Si un garçon (je suis hétéro) me sourit, je pense qu'il passe une bonne journée.



Tous ces faux-pas, ces retraits et ces décalages, durant des décennies, ont été des évidences indicibles de mon quotidien, que je pensais communes, universelles. Aujourd'hui, à la lumière de mon auto-diagnostic, tout en assistant ébahie à la réconciliation de mon moi-de-dedans-tout-au-fond-enfoui de petite fille avec la femme de près d'un demi siècle que je vois désormais dans la glace, un lourd soulagement s'installe petit à petit. je me donne l'autorisation d'assumer ce que je suis. Cependant j'oscille entre la joie de la réponse enfin trouvée et le deuil de la perte.

Oui quoi, ça ne fait jamais que quinze ans que je suis dans le déni. Comme pour mon allergie au gluten, où j'ai attendu quatre ans avant d'accepter l'évidence.

Pourtant, au fil de nombreuses lectures suite à d'excellents résultats obtenus à des tests pyscho-techniques passés au hasard d'une formation et qui firent ma grande surprise, à mes 41 de quotient [ AQ de Baron-Cohen ] et à la rencontre de quelques vrai.e.s Aspies dans la vraie vie, l'éventualité que j'entrais dans la petite case de l'autisme sans handicap mental - ou de haut niveau - m'a fréquemment effleurée. Ou du syndrome Asperger, ou TSA, ou... quelque soit le nom qu'un expert mettrait dessus. Mais jamais je n'ai osé en tirer de conclusion. Je me disais mais non, ça n'est pas moi, ça y ressemble mais ça peut pas être ça, des gens l'auraient vu depuis le temps... Moi ça s'explique surtout par le fait que j'ai grandi dans une secte.

Cette dernière particularité de mon parcours justifiait ainsi tout dans mon inventaire des choses qui chez moi ne tournent pas dans le même sens des vents dominants.



Finalement, j'ai même de la chance, aujourd'hui être aspie est devenu en vogue. On les a d'abord beaucoup recherché au début de l'ère industrielle pour exploiter leurs facilités avec les nombres et leur forte capacité de travail. Depuis, la science a découvert que les femmes pouvaient aussi présenter ce syndrome, longtemps resté une exclusivité masculine. Ma place dans la société est donc garantie.

D'ailleurs les Asperger poussent comme des petits pains sur le web, multipliant les #Geek à longueur de profil, surfant sur cette mode du développement personnel qui invite à l'authenticité, l'inventivité, à la facilité d'explorer des alternatives et à l'expression de soi à travers ses passions. Tout ce que je sais faire de mieux.

Si j'en étais capable, je serais coach en autonomie, mon parcours d'autodidacte comme agrément professionnel et tampon officiel. Je pourrais enseigner les outils de l'auto-apprentissage, soigner les phobies administratives, former au nettoyage intérieur écologique, initier à la revalorisation des vêtements et des objets, livrer les secrets des soins naturels et de la cuisine végétale, partager mon expérience des intolérances alimentaires ou même apprendre à photographier et traiter des images, à construire et designer un blog, à se démerder tout seul quoi pour résumer.



Bien sûr, dès que le contexte et les conventions l'exigent, l'étiquette "Nerd" de tous ces fraîchement promus du bulbe supérieur glisse subrepticement dans une poche, par nécessité pour décrocher un entretien d'embauche, un stage dans une prestigieuse entreprise, ou trouver des sponsors afin "de vivre de son activité de vlogging". Quand moi je tombe malade après une réunion de deux heures avec douze personnes dans une salle climatisée éclairée aux néons. Ou mets trois jours pour envoyer l'e-mail qui accompagne un devis. Mais au fond tout ça n'est pas si terrible, car en d'autres temps, un tout autre sort m'aurait été réservé.

Être une femme solitaire, sans enfant, n'en avoir jamais voulu, préférant la compagnie des bêtes à poils à celle de ses semblables, démunie face à la compétition, rompant avec sa propre famille, dotée d'un esprit critique volubile, d'un humour littéral, allergique aux rites sociaux, parlant aux plantes, lavant ses cheveux avec de la boue, soignant ses angoisses et ses insomnies en se parant de jade, de rhodochrosite ou de gabbro... Être une femme en colère, pleurant de rage les atrocités et destructions massives inhérentes à cette crétinerie humaine globalisée qui dirige le monde, désespérée et en lutte, préférant la justice au bonheur, globalement réfractaire... Mouais, en d'autres temps, cela m'aurait valu d'être directement expédiée au bûcher.



DClassé dans : Mes découvertes ,Mots clés : Autonomie, Corps, Éthique, Politique,

Nuts


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Se passer du superflu, quand on est pauvre, c'est facile, vu qu'on en a pas les moyens. Sauf bien sûr à passer sa vie à tourner aigre à force de frustrations. Ainsi il y a chez les pauvres, qui ont un [ QI supérieur à 100g de Nutella ] , un certain goût pour l'exploration des possibles.



Ça commence par la nécessité de tirer des contraintes des solutions pratiques, de transformer les limites matérielles par un esprit imaginatif, d'exploiter les seuls moyens à disposition pour apprendre à s'en affranchir.

Ça se développe par le désir de souffrir le moins possible de la situation, de parer aux besoins indispensables dans les meilleures conditions, de se mettre à l'abri autant que faire se peut, avec peu, mais avec goût et bon sens. De rester responsable de ses actes d'achat.

Enfin de s'aménager une zone de confort et de sécurité minimum, de s'attacher à l'essentiel, avec à défaut d'argent du temps et de l'intelligence.



★ Kufuu Art of Life ★

Faire autrement, récupérer, réparer, adapter, détourner, cuisiner, fabriquer soi-même.

Quand j'étais petite, je me déguisais d'une paire de rideaux pour toute robe de princesse, et d'un panier en osier en guise de chapeau. Je construisais une cabane avec les gros barils de lessive de ma mère en carton. Je goûtais à quatre heures en étalant sur de la brioche de la crème liquide mélangée à du chocolat Poulain. Puis je partais en expédition équatoriale en escaladant le buffet.

Aujourd'hui je n'ai jamais autant porté de marques. Pourtant mon critère d'achat se limite à la couleur, puis la matière, ensuite la taille, et enfin l'état général. parce que je trouve la majeure partie de ce dont j'ai besoin au poids chez Emmaüs. Et je dis ça, mais je dois avoir un goût très sûr, car j'arrive même à manger dans des pièces uniques en céramique artisanale, elles aussi achetées à la braderie Emmaüs.

Je fabrique mes soins cosmétiques et mes produits ménagers avec des matières brutes qui durent longtemps et vendues pas chères. Je n'ai pas la télé. Je m'organise sur un super agenda stylisé à la main dans un simple cahier. Je concocte mes pains, mes gâteaux, mes biscuits, mes pâtés végétaux et pâtes à tartiner - salées et sucrées - avec des bananes, du thon, de la betterave, des amandes, de l'avocat, du cacao, des dattes, des graines de tournesol...

C'est de fait ce que j'essaie de donner à voir ici. Ce blog expose mes humbles façons de faire ce que je peux, avec ce que j'ai, là où je suis.

On n'est pas ce que l'on veut. Mais on peut choisir la façon de l'être. Et être pauvre n'exempte pas d'en faire l'effort.



★ Tare ta gueule au supermarché ★

Excuser la violence d'un individu qui bouscule tout le monde, en écrasant des pieds et en tirant quelques barrettes, pour s'emparer d'un bocal de trois noisettes, uniquement parce qu'il est pauvre, cela révèle une opinion méprisante à son égard, à vrai dire. C'est une insulte à son intelligence. Car bien que pauvre, il n'en est pas moins pourvu qu'un autre, il me semble, d'intelligence, tout issu qu'il est de cette espèce au cerveau surdimensionné. Et donc tout à fait en mesure de prendre conscience de certaines absurdités.

Ou bien alors les réactionnaires ont raison de penser qu'ils ne faut définitivement pas donner d'argent aux pauvres, puisque manifestement ils en font n'importe quoi... Je pose la question.

De quoi rêvent ces gens qui créent la cohue dans les supermarchés ? De devenir milliardaires ? Sont-ils des riches irresponsables qui s'ignorent ? Sont-ce les mêmes qui sont prêts à faire n'importe quoi pour un travail ? À travailler pour rien ? Qui pensent toujours que "c'est mieux que rien" ? Qui dénoncent pour être dans les petits papiers du chef ? Qui ont honte de toucher une allocation alors qu'ils y ont droit ?

Qui viennent en douce à la débauche coincer un collègue dans le vestiaire, pour tenter de physiquement l'intimider, et obtenir de lui qu'il prenne son départ en retraite anticipé ? Croyant que cela évitera une nouvelle charrette de licenciements, sauvant leurs fesses au détriment du copain, de la même manière indigne qu'ils arrachent des mains d'inconnus le dernier polo bardé de sa griffe et bradé en taille 44 ou la boîte de l'ultime smartphone ?



★ L'habit ne fait pas le bobo ★

Certains diseurs de gauche feraient bien de mettre à jour leur logiciel. Plutôt que de reprocher à tue-tête, aux gens qui ont été indignés par la violence qu'a provoqué ce coup de promo sur de l'huile au sucre, d'être des "bobos haineux". Et surtout de vraiment mettre un jour les pieds dans un magasin bio, pour enfin savoir de quoi on parle.

Par exemple, pour découvrir que la marque, pour laquelle ces quelques abrutis se sont battus, est vendue plus chère que certaines pâtes à tartiner aux vrais chocolat et noisettes bio. Ou pour constater ébaubis qu'on trouve du bio dans les mêmes supermarchés où les batailles ont eu lieu.

Et puis pour éventuellement se rendre compte aussi que parmi les pauvres, même les très pauvres, il y a des "Bobos". Des gens - ma foi c'est incroyable - qui lisent, qui se cultivent, qui s'informent, qui se forment, qui se rendent compte du monde dans lequel on vit. "Du martèlement du marketing, de la chaîne de production", tout ça, et qui choisissent de transformer leur maigre pouvoir d'achat en choix librement consenti de frugalité.

Ça ne signifie pas pour autant que leur journée se cale sur le mode de vie des moines cisterciens.

Du chocolat en pâte - faut-il le rappeler - ce n'est pas un produit de première nécessité, encore moins de la nourriture, c'est un plaisir. Je ne dis pas par conséquent qu'il faut apprendre à s'en passer, mais à raison garder. Un pauvre, même celui qui s'est affranchie de l'envie d'acquérir des marqueurs sociaux, n'est pas plus réfractaire qu'un autre à l'idée d'égayer ses papilles, de jouir de la vie. Il faut bien que le corps exulte. Or là je m'insurge, car il y a mille façons de se faire plaisir avec trois fois rien, sans risquer l'obésité et l'arrêt cardiaque, sans aggraver la déforestation et l'extinction d'espèces animales. Et sans taper sur la gueule de son voisin.

L'affrontement physique pour des futilités nuisibles n'a aucune excuse, quelle que soit la condition. Le vol peut avoir des circonstances atténuantes, la brutalité vulgaire n'en a pas.



★ Carences en liens ★

Si on réfléchit deux secondes, on peut distinguer un dénominateur commun émergeant de chacun des parcours des individus appartenant à la catégorie pauvre. C'est cette absence d'humanité, de justice, d'égalité, propre à notre système, qui un jour s'est imposée à eux, de façon plus ou moins répétée, plus ou moins supportable, et qui les oblige à un moment donné à faire comme ils peuvent avec ce qu'ils ont.

Je parle de tous ceux qui ne sont pas économiquement viables, et dont la totalité des revenus passent dans les factures. La solidarité, le partage, la bienveillance, le bons sens devraient les relier. Mais la honte prévaut dans ce système où règne aussi la croyance que l'on est pauvre parce qu'on le mérite. Jusqu'à ce qu'ils se renvoient les uns les autres la même violence dont ils sont les victimes. Et la boucle est bouclée.

Pendant que les autres catégories de mieux lotis leur font la charité sur un ton condescendant, c'est l'isolement et la culpabilité qui les enferment. Et la défiance aussi. Alors que l'occasion est donnée de sortir du schéma.

Puisqu'on est déjà poussé hors du jeu, autant l'être tout à fait. Sans en avoir l'air. Avec talent.



★ La plastique des neurones ★

Malheureusement, à l'inverse de la classe ouvrière qui partage une Histoire, une culture, des savoir-faire, ou de la classe bourgeoise qui s'entend sur des traditions, des principes, des réseaux, les pauvres n'ont pas de liens historiques, pas de repères culturels. Ce n'est pas une classe, c'est une situation matérielle qu'affrontent toutes sortes de gens.

Heureusement, la liberté de penser, l'ingéniosité et l'indépendance intellectuelle ne sont pas fatalement proportionnelle à ce que l'on a dans le porte-monnaie. La faculté de de ne pas se soumettre, de résister n'est-elle pas universelle ?

Cette capacité à voir les choses autrement, à s'auto-organiser, à se réapproprier les moyens de son existence a démontré maintes fois dans l'Histoire et à travers le monde que l'intelligence n'est pas inhérente à la classe sociale, ni au statut professionnel, ni au salaire perçu. Elle peut émerger de toute part, par la seule volonté, par le seul désir d'autonomie, par le besoin impérieux d'un changement.

Et si de ça nous en avions tous les moyens ?



DClassé dans : Mon manger ,Mots clés : Autonomie, Éthique, Kufuu, Mode de vie, Politique

Triturbulations du bonnet


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Six mois sans exercice physique, sans bouger un orteil. C'est que plusieurs semaines de sinusite, ça refroidit. Voilà ce que j'ai gagné en allant nager en plein janvier à la piscine de mon quartier.



La piscine n’ouvre plus que quelques heures par jour, alors évidemment le chauffage est coupé entre deux créneaux. C’est comme ça que j'ai attrapé froid, par les oreilles. Sachant la chaleur qu'il fait en principe à l'intérieur des piscines, et l'obligation de porter un bonnet de bain, je ne pensais vraiment pas prendre le risque d'un tel désagrément. Juste celui, éminemment inhérent au port d'un bonnet en caoutchouc, d’un cerveau totalement comprimé.

J'ai horreur de porter ce genre de bonnet. Et j’ai horreur de nager avec ce qui isole ma tête de l'élément dans lequel le reste de mon corps baigne. Pour la même raison, j'ai la préférence du bain sans maillot. C’est surtout que mes cheveux étant anarchistes à tendance fortement ébouriffés, ça oblige de les rassembler en chignon, puis de les plaquer d'une main, tout en attrapant de l'autre chaque mèche trop courte pour être prise dans mon élastique et qui borde le front, les tempes et la nuque, et de réussir à enfermer tout ça dans un dé à coudre.

Du coup, sur la dernière heure d'ouverture - temps de moindre affluence qui a ma préférence - un bon quart d'heure passe avant que je ne sois prête à tremper un pâle et frileux orteil. Forcément, à ce stade mon humeur est déjà passablement assombrie. C’est que dix minutes à triturer mon cuir chevelu devant un miroir en frisant le casse-tête, cinq autres à tenter de rétablir la forme initiale de mon visage lifté en biais par le bonnet, le tout en soliloquant une guirlande de mots fleuris, ça met dans une toute relative condition pour un moment de détente dans un espace entièrement carrelé de blanc crème rayé d'anthracite.

Ce qui m'extorque un pas vers le grand bain, c'est le souvenir de mes douleurs de dos, de jambes et de cervicales. Donc, quand au jugé de la pulpe de mes doigts mon crâne semble enfin étanche, j'inspire un grand coup en quittant mon reflet et me dirige droit vers le brouhaha des pieds qui battent la surface de l'eau. Ruisselante de la douche *obligatoire*, chacun de mes pieds clipsé à une tong pour éviter à mes orteils de s'emmêler dans des cheveux jonchant sur le sol comme des anguilles, je passe l'eau tièdasse du pédiluve *obligatoire* et rejoins le bord du bassin.



Assise à côté de l'escalier, là où la profondeur est de quelques dizaines de centimètres, je chausse mes lunettes de plongée et effleure de ma voûte plantaire l'eau qui, plus fraîche que confortable, ne réserve pas au nouvel arrivant un accueil très chaleureux. Quoique la somme des efforts pour arriver à son seuil pourrait, si j'y réfléchissais bien, légitimement me faire rebrousser chemin, je prends le parti de m'infliger toutes les autres étapes.

Ne regardant plus à la dépense, balafrée d'un rictus montrant mes dents, les yeux plissés, le front plié en deux, les épaules crispées, mes omoplates tentent de se refermer sur elles-mêmes, comme le ferait en cape une paire d'ailes. Je descends lentement les marches, cramponnée à ma résolution, comptant chaque millimètre cube de la substance frigorifique qui, petit à petit, m'enrobe jusqu'à la taille et, comme pour me féliciter amicalement de ma persévérance, inonde mes narines de son parfum chloré.

Arrivée à ce palier d'accoutumance, je vise le centre du bassin, là où je n'ai plus pied, mes jambes pourfendant le liquide comme le premier homme a marché sur la Lune. Toute à ma progression astrale et à l'imminence de mon flottement à l'horizontal, j'accélère le ralenti de ma marche pour tenter de me réchauffer, j’appuie sur les ventouses de mes lunettes et cale minutieusement mon pince-nez.

Là, tête sous l'eau à l'expiration, je nage, enfin, de la buée plein les carreaux à l'inspiration.



À ce stade de ma séance de sport aquatique, me voici les sourcils arrachés du globe oculaire, les yeux écartelés dans une brume perlée, les narines écrasées virant au violet, et les pommettes repulpées par deux membranes en plastique. Contrariétés oto-rhino-laryngologiques que surplombe un bonnet cloquant sur mon crâne... duquel je n'ai jamais su s'il était plus seyant de laisser dedans ou dehors les oreilles.

Tout à la réalisation de mon défi hivernal, exécutant mes longueurs envers et contre tout frisson depuis presque vingt minutes au milieu d'une masse d'usagers à tête d'épingle, soudain je vois qu'en viennent aux mains deux nageurs manifestement en désaccord brutal sur la manière de partager l'espace. Au vacarme de leurs échanges de compliments relatifs à leur lacune respective, je démissionne du projet et m'extirpe promptement du bassin, bégayant, grelottant, secouée de tremblements dont je n'ai pas su distinguer la part induite par la froideur de l'eau de celle m'infligeant ce spectacle de bêtise vulgaire.

Ainsi ce matin là, coiffée d'une cloche en silicone annexée de quelques appendices, telle une sorte de spécimen muté d'un gène papilionacé, posant les mains sur la surface de l'eau comme pour mieux la contenir, avant de glisser dès que je perdis pied dans le bouillon d'une brasse coulée, j'ai pris froid.

Reste de cette tribulation hivernale l'expérience d'un mois de mal de crâne et de nez bouché. Et une carte de piscine neuve pleine de 50 points.

Mais depuis je vais beaucoup mieux. Je ne prends froid qu'à l'automne, dans ma cuisine et par les pieds. Quand il commence à faire bien frais dans mon hlm et que j'attends en grelottant la date départementale de l'allumage du chauffage central.



DClassé dans : Mon quartier ,Mots clés : Hiver, Automne, Corps, Matin, Politique