Cabas zéro pub


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

La _pièce bleue_ exposée au nord, tout comme la cuisine, bénéficie d'une bonne lumière à partir du printemps. Là est donc installée ma machine à coudre dont j'use les rouages pour cette raison davantage durant la belle saison.



Depuis l'année dernière, après avoir découvert l'ingéniosité du dessus cousu à l'endroit enfilé dans le dessous à l'envers puis retourné, j'ai été pris d'une frénésie de couture et ai confectionné deux sacs de courses, deux totes-bags, quatre pochettes, une housse pour smartphone, deux sacs à bandoulières, un porte-monnaie et un grand sac fourre-tout.

Apprenant par moi-même à l'aide d'internet, les progrès sont lents, mais je suis malgré tout très fière de moi quand je termine un nouvel ouvrage, quels que soient ses nombreux défauts. Mes ressources d'apprentissage préférées sont l'incontournable site [Coupe Couture] et de nombreuses chaînes youtube, notamment celles de [Viny], de [Mouna], de [Mélanie] et de [Madalena].



Pour me fournir en tissus, j'achète des lots de chutes chez Toto, ou bien je hacke toutes sortes d'articles chinés à la braderie Emmaüs dont je peux tirer des coupons aux motifs et matières très variés. Mais le plus souvent, je convertis d'ancien linge de maison, torchons, enveloppes de couette, draps, et même vêtements que je ne porte plus comme des robes, chemisiers ou pantalons.

Fabriquer mais aussi adapter, améliorer, personnaliser l'existant. À la maison, tous les sacs de courses sont en tissus, et certains proviennent de magasins, arborant en gros et bien visibles le nom et le logo de l'enseigne. Or je n'aime pas du tout afficher des marques sur moi. Servir bénévolement de sucette publicitaire ambulante me sort par les trous de nez.

Ce large sac de coton brut, je l'agrémente d'une double poche intérieure, assortie à une doublure extérieure masquant un énorme slogan sur les OGM. Et le tour est joué.



Même chose avec e sac en toile de jute offert par une coopérative de producteurs locaux - où je me fournis en fruits, légumes, viandes et produits laitiers - méritait une petite touche boho cheap pour masquer la marque, pourtant sobre et végétale, peinte en encre noire. Rien de plus simple en cousant une poche extérieure avec une serviette de table vintage dénichée à Emmaüs.

D'ailleurs grande nouvelle, l'association de l'Abbé Pierre se lance dans l'aventure du e-commerce, parée de ces valeurs, solidarité et coopératisme, avec le [Label Emmaüs].



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La maison du bruit de fond


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Au loin dehors, j'entends les gamin.e.s qui hurlent et s'interpellent dans la cour de la maternelle et de l'école élémentaire. La fenêtre à double vitrage installée il y a un an a toutefois permis de réduire très nettement le bruit extérieur. Du coup maintenant le matin j'entends surtout les voisins. Ce sont eux qui la plupart du temps me réveillent. Sinon ce sont ces cris et ces éclats de voix aplatis, ces répliques comme enrobées de caoutchouc et lancées à tue-tête par ces échantillons de l'espèce humaine, déversant en décibels l'énergie qui les tenaille toute la matinée jusqu'à la récré.

Voici six ans jour pour jour que je suis installée dans ce trois pièces de 62m2. Appartement au cinquième étage sans ascenseur, traversant, exposition nord et sud, parquet en bois dans les chambres et le salon, carrelage de petits damiers en camaïeu de beige et ocre dans le couloir et les pièces d'eau, dalles de plastique dans l'ancienne loggia, eau froide et chauffage central compris dans les charges.

Un logement social obtenu très facilement. Bizarrement. Enfin, une fois que l'on sait quels nombreux défauts il comporte, on n'y voit là plus rien d'étrange...

Six ans déjà...



La vie dans ce logement est anxiogène, épuisante nerveusement. Et inconfortable car il y fait le plus souvent ou trop chaud ou trop froid. Le bruit est omniprésent vingt heures sur vingt quatre. Parfois plus. Les volumes des pièces sont hybrides, obligeant à de fameux [ casse-têtes ] pour réussir à disposer des meubles de façon pratique et pas trop inesthétique.

Ici, on vit mal. D'autant plus sans emploi, dans une ville moyenne de province, une région pauvre, sans aucune perspective d'avenir. Surtout après quarante ans. Dans une telle situation, on désespère et on se détruit à coup de malbouffe et d'heures passées devant un écran. Ou l'on se fait une raison et on attend, dans le vide. On attend que les journées passent, chacune plus identique que celle de la veille. Et pourtant les années défilent à une vitesse indicible. Sans doute l'effet de la mort plus proche quand on commence à vieillir.

J'ignore si je vais finir dans cet appartement, mais cela me fait horreur d'imaginer rester ici jusqu'à la fin de ma vie. Je me dis que c'est impossible étant donné la date de construction de cette barre HLM qui risque bien de partir en morceaux avant que j'atteigne l'âge de la ménopause. Quoique...

C'est donc l'heure de la récré, à moins que ce soit celle d'aller à la cantine. Je me lève, comme d'habitude ma tête est lourde, mon dos douloureux et mon nez bouché. J'attrape mon bas de pyjama, un pull pour contrer le froid qui en dehors de la couette est flagrant, et je me glisse hors de la chambre.

En ce moment je dors dans celle côté sud, la plus grande, la plus chaleureuse avec sa tapisserie couleur sorbet à l'abricot. La plus calme aussi puisque donnant sur l'arrière de l'immeuble, qui n'est pas exempte de nuisances sonores, mais où au moins la circulation est plus lointaine. En six ans, j'ai pas mal alterné l'emplacement du lit entre cette pièce orange et celle côté nord, côté rue, plus petite, plus froide en température, jusqu'à moisir, mais aussi en couleur avec son papier peint bleu de piscine en plastique.

Pour cacher les tâches d'humidité autour de sa fenêtre, j'ai retapissé le mur avec les pages au format Poche de L'étranger de Camus et des Grands Chemins de Giono. J'en ai aussi collé sur la frise qui fait le tour du reste de la pièce pour cacher ces motifs géométriques datés, d'un vert post Mitterand. Puis j'ai accroché à la fenêtre deux bandes de tissus blanches finement rayées de pervenche, provenant d'un vieux drap de coton, pour casser les angles du cadre.

Pendant cinq ans, ces deux pièces n'ont été équipées que de simple vitrage. Aujourd'hui le bruit du mouvement incessant de la circulation est moins présent dans la pièce bleue. Mais avec [ les travaux de réaménagement du quartier ] censés durer deux ans, je me suis rapatrié définitivement dans la pièce abricot.



Là où je dors, j'aime disposer le minimum d'affaires. Il y a le lit, un futon de laine posé sur son sommier en pin habillé de lin brut, au milieu de la pièce. À sa tête, un store en bambou déroulé sur sa tranche est plaqué contre le mur, pour le protéger, et retient une petite lampe en plastique blanc transparent accrochée avec une pince.

En guise de tables de nuit, posées le long du mur sous la fenêtre, deux étroites tables basses en bois légèrement blanchi à l'acrylique, qui sont d'anciennes tablettes d'étagères, et sur lesquelles sont rangés, des photos, des livres, des livres de photos, un pot avec du lierre et une lampe orange.

Contre le mur en face du pied du lit, une commode en pin pour les bonnets, les écharpes, le linge de lit et des réserves de tissus. Puis le long du mur à gauche en entrant, celui en face de la fenêtre, deux structures légères avec étagères et penderie, également en pin, chacune recouverte d'une housse zippée en toile beige.

Ah, j'oubliais. Il y avait aussi une chaise pliante de jardin en bois blanc, posée dans le coin opposé des tablettes de nuit, entre le gros pot du palmier papillon et la commode. Mais elle passe désormais le plus clair de son temps dans la pièce bleue, devant ma machine à coudre.

Enfin juste à portée de main quand on est allongé dans le lit, calé contre son sommier, un pouf en osier dont le couvercle reçoit les livres en cours de lecture, et mes lunettes, et dedans, car il fait aussi rangement, le bas de pyjama que je suis en train d'enfiler, ce matin encore, à demi éveillée, à moitié trébuchante, un pied empêtré dans une des jambes.

Je frotte mes yeux, j'essaie d'ajuster ma vision, de rejoindre sans bruit la porte. Au travers les petits traits, qui transpercent le volet roulant, le temps est indéfinissable, je ne saurais dire s'il fait beau. Je m'extirpe de la pièce en ouvrant doucement la porte, je frôle le rideau qui pend dans l'entrée, puis je vais ouvrir le volet du salon. Et la lumière, piquante ou blafarde, baigne les sauts de cabri de Bouddha, ma lapine, qui vit en liberté dans l'appartement, et qui déjà m'invite à jouer avec sa peluche, avant de filer tout droit dans la cuisine quand je lui demande tu as faim ?


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