Poil de boue


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Accepter la disparition, la fin, l'arrêt, c'est presque facile. Tout disparaît, s'éteint, s'arrête un jour ou l'autre. C'est une chose que l'on apprend assez vite dans la vie. D'autant plus quand on a le souci du détail et le goût pour la perfection. Mais accepter que la perte n'en finisse pas, qu'elle soit difficile, douloureuse, injuste.



Quand tout fout le camp en même temps, quand le monde s'étiole, que les experts annoncent la catastrophe pour dans douze ans, que plus rien n'a de sens, que les mots sont usés jusqu'à l'os pour leur faire dire leur exact contraire, qui est un mensonge, que le proto-fascisme s'étend avant qu'on ai eu le temps de dire ah bon, c'est pour de vrai, et que demain il faudra racheter des oeufs, parce que "la vie continue"...



Quelle couleur est à la rescousse du désarroi pour réussir à enrober chaque nouveau jour de la nécessité de continuer ?

Celle de l'onde, de la fumée, de la suie, de la cendre ? Pour faire que seul l'instant compte, ne ressentir que la minute, s'enraciner dans la seconde et ne décider qu'à partir d'elle. S'enfoncer jusqu'à la tête dans la gadoue, quitte à figer. Écarter les doigts et laisser la douceur de la glaise glisser entre, respirer la terre par les pores. Manger son chagrin et rêver de reprendre sa marche.

Effleurer l'espoir de partir, pouf, de s'éparpiller façon puzzle. Avec pour bagage le seul besoin, le devoir, de résister. Et puis finir par se suicider aux particules de Maillard.



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Matin peau de chagrin


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Dans un film, quand un personnage se réveille, il commence toujours par d'abord ouvrir les yeux, regarder autour de lui, puis par revenir petit à petit à la réalité. Parce que sans doute c'est une manière visible de mettre en scène le réveil. Mais dans la réalité, cette dernière s'impose au cerveau par les sons environnants qui petit à petit arrivent à la lisière de la conscience et tirent celle-ci de sa léthargie. Autrement dit, le matin quand j'ouvre mes yeux, ça fait belle lurette que [ le voisin du dessous ] m'emmerde avec son radio-réveil à tue-tête et ses allers et venues en chaussures de sécurité.



L'expérience du réveil n'est sans doute pas universelle. D'autant moins vu les nombreux troubles du sommeil dont sont atteints les gens dans nos contrées. Pour ma part, dormir n'est pas du tout une phase de repos. Ou rarement. Et si un matin, aux premières lueurs des projecteurs qui s'allument automatiquement autour de la maison de quartier au pied de mon immeuble - donc vers six heures du mat - on m'annonçait qu'exceptionnellement on double le temps de la nuit et que sous l'effet d'un rewind interstellaire le ciel redeviendrait instantanément noir, je prendrais une profonde inspiration et calerais mon oreille gauche dans la plume avec le plaisir de retourner à mes rêves, bercée par la chance inespérée de peut-être combler cette fois vingt cinq ans de déficit.



C'est le lycée qui dans un premier temps entama la qualité de mes nuits. Levée durant quatre ans - j'ai redoublé ma seconde - à six heures du mat - c'est un horaire qui me poursuit - pour pouvoir prendre le TER qui raccourcissait les vingt quatre kilomètres qui me séparaient de l'éducation nationale. Mais c'est le travail qui mit un point final à ma capacité de m'endormir dès que mon oreille gauche touchait la plume. Enfin le Dacron®, à l'époque.



Des années à alterner horaires d'ouvertures avec shifts de fermeture. C'est les mains dans la graisse froide à récurer les cuves à frire quand le matin il fait encore nuit, quand l'estomac n'avalera rien avant onze heures et que le cerveau n'est pas tout à fait reconnecté au corps. Puis c'est les pieds qui piétinent jusqu'à la fin du service à deux heures dans la nuit, ce qui suppose une sortie du boulot à trois, avec dans le corps toutes les vannes de réserves d'énergie ouvertes en grand pour pouvoir boucler la procédure de démontage, nettoyage, remontage et brossage du sol en moins de quarante cinq minutes. Vannes qui ne se refermeront qu'une bonne heure plus tard, au point d'avoir besoin d'enchaîner au bar d'à côté, à danser hilare sur le comptoir, traînant dans mon sillage l'odeur industrielle d'huile de colza brûlée imprégnée dans mes cheveux.



Ce rythme à la con déglingue vite tous les petits ressorts de l'horloge circadienne. Et encore j'ai le mérite de ne m'être aidée d'aucune substance chimique, voire illégale, pour me booster et ensuite pour me calmer.



Aujourd'hui quand mes yeux s'ouvrent le matin, la première émanation de mon corps est un regret, un soupir, blasé que je suis du même état des lieux, du montant de ma dette de sommeil qui sans cesse enfle, comme mes paupières, et contre le remboursement de laquelle tous les éléments de mon environnement, vélomoteurs, voisins, voitures, voyous, vacataires des espaces verts, tous les virtuoses braillards et autres vilipendeurs de la paix sociale, se sont ligués pour que jamais je bénéficie d'aucun rétablissement personnel.



La matinée est déjà pas mal entamée, me laissant à mon amertume d'une journée qui s'annonce trop courte pour avoir l'impression d'en avoir fait quelque chose. Je rabats un coin de ma couette, attrape pantalon de pyjama et veste - selon la saison - chausse mes lunettes posées sur les lectures en cours et me lève pour ouvrir le volet. Depuis plusieurs mois, [ Sorcières ] de Mona Chollet ne quitte plus mon chevet. J'alternais sa relecture avec des ouvrages compilés sur ma liseuse.... jusqu'à ce que j'entame l'excellente [ trilogie Subutex ] de Virginie Despentes.



Sous le couinement de la manette qui enroule le panneau de plastique articulé, la lumière qui entre dans la pièce agresse ma pupille encore toute dilatée. J'enfile mes bracelets d'ambre et d'agate de Botswana pour parer aux démangeaisons du cou et du tronc, inhérentes aux frottements de la peau avec le linge de lit et l'air trop sec de la pièce durant la nuit, et qui par je ne sais quel processus physique se réveillent avec moi une fois mon corps à la vertical. Pieds nus, je tire la porte de la chambre restée entrebâillée et longe le couloir vers le salon, domaine de Bouddha qui attend que le reste de la maisonnée la rejoigne.



Parfois elle manque de patience et vient aux aurores mordiller la tranche de ma porte de chambre, se poste dans l'encadrement en me regardant, navrée et fascinée de mon état comateux malgré la gigantesque cabane moelleuse qu'elle rêve d'annexer, avant de se sauver à toute allure vers la cuisine où elle va mâchouiller un tapis. Quelle que soit son humeur, la retrouver chaque matin force le rire. Elle est mon deuxième réveil, le vrai. Celui sans lequel je n'imagine pas entamer les rituels de mes jours. Celui qu'elle tapisse d'une douceur indicible, qu'elle fait jamais identique, toujours imprévisible, et en même temps avec tant de régularité qu'elle en est le garant, un pilier, un étai, dans l'espace effrité, craquelé, étriqué de mes nuits.


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Sablés d'automne


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Encore un jour où, dès le matin, le temps a beau s'écouler, il fait toujours aussi sombre de l'aube jusqu'à la tombée de la nuit. Ciel de sciure, buée sur les vitres et odeur de feu de bois qui lèche la surface de l'immeuble, jusqu'à s'engouffrer dans mes narines lorsque je viens secouer un torchon à la fenêtre de la cuisine. Encore un jour où, dès le matin, j'allume les lampes.
Tiens, cette fois, le four aussi.



Le froid est arrivé d'un coup. Partout les tempêtes s'enchaînent et se rapprochent de l'hexagone.

Ici en moins de deux jours, le ciel est passé d'un bleu saturé de sécheresse à un plafond de pluie grise et glaciale. Le vent transit des arbres qui ont eu l'insouciance de rebourgeonner. Dans les potagers les tomates éclatent, et sous chaque feuille, d'un vert de lune, l'ombre est noire.



Le chauffage est allumé depuis une semaine et déjà il tourne à plein. Malgré tout, de sournoises capsules d'air froid frôlent ma nuque et mon dos. C'est la saison des premières bouillotes, des envies de chocolat fondant et de réconfort sucré.

En cuisine, seuls les pâtes à tartiner, les pâtés végétaux et la pâtisserie réussissent à me passionner. Tout ce qui a un lien avec la pâte... Et les doigts qu'on lèche...

Et à chaque fois que j'entreprends une fabrication de biscuits sablés, c'est en reprenant les notes de mon carnet de recettes, pour faire avec ce que j'ai sous la main, de manière simple et rapide.



Bouddha, ma lapine, entretient une frayeur inébranlable de la porte du four. C'est qu'à peine on l'ouvre de quelques centimètres, déjà la porte grince comme les gonds de celle d'un château hantée...

La seconde d'avant, elle est curieuse de ce qui se passe à la cuisine, tourne dans mes jambes, joue avec sa boîte en paille, voire est tout à fait détendue sur les tapis, et la seconde d'après la voilà qui se carapate à toute berzingue, moulinant des membres inférieurs sur le carrelage, perdant de l'adhérence sous ses pattes, virant comme un bolide prend une tête d'épingle au frein à main, et file comme une boule de feu pendant l'orage pour se réfugier dans son antre, le salon.

Quelle terreur lie-t-il à la gazinière ? Celle du plat parfumé à la moutarde dont elle pourrait faire office... ?

Je me le demande à chaque fois avant d'aller vite la réconforter, en l'inondant de bisous sur les yeux, et en lui chuchotant que dans ces lieux elle ne sera jamais envisagée comme une denrée comestible.



Puis je reviens à mon projet gourmand. J'explore ma boîte à farines. Comment fabriquer des biscuits sans gluten qui soient ni secs, ni poudreux, ni fades... Je pose la balance sur le plan de travail et un large saladier dessus.

Voyons si je mélange et malaxe ensemble...
  • 50g de farine de riz
  • 40g de farine de sarrasin
  • 10g de fécule de pomme de terre
  • 50g de sucre rappadura
  • 1 càs de cannelle
  • 1 càs de chicorée en poudre
  • 1 grosse pincée de 4 épices
  • 70g de beurre mou

... ou bien
  • 2 œufs
  • 100g de rappadura
  • 150g de beurre fondu
  • puis 250g de farine de sarrasin
  • 1 càc de levure
  • une pincée de sel
  • et des morceaux de chocolat noir à 70% incrustés sur le dessus


Faire ensuite des boules, avec une cuillère doseuse à fond bien rond, ou bien grossièrement avec les doigts. Les disposer sur une plaque recouverte de papier cuisson et les écraser légèrement avec le dos de la cuillère.

Puis enfourner entre 8 et 10 mins à 180°C.

Laisser refroidir avant de les retirer de la plaque.

Se conservent très bien dans une boîte et sont délicieux accompagnés d'un expresso ou d'un grand mug de camomille.



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