Sablés d'automne


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Encore un jour où, dès le matin, le temps a beau s'écouler, il fait toujours aussi sombre de l'aube jusqu'à la tombée de la nuit. Ciel de sciure, buée sur les vitres et odeur de feu de bois qui lèche la surface de l'immeuble, jusqu'à s'engouffrer dans mes narines lorsque je viens secouer un torchon à la fenêtre de la cuisine. Encore un jour où, dès le matin, j'allume les lampes.
Tiens, cette fois, le four aussi.



Le froid est arrivé d'un coup. Partout les tempêtes s'enchaînent et se rapporchent de l'hexagone.

Ici en moins de deux jours, le ciel est passé d'un bleu saturé de sécheresse à un plafond de pluie grise et glaciale. Le vent transit des arbres qui ont eu l'insouciance de rebourgeonner. Dans les potagers les tomates éclatent, et sous chaque feuille, d'un vert de lune, l'ombre est noire.



Le chauffage est allumé depuis une semaine et déjà il tourne à plein. Malgré tout, de sournoises capsules d'air froid frôlent ma nuque et mon dos. C'est la saison des premières bouillotes, des envies de chocolat fondant et de réconfort sucré.

En cuisine, seuls les pâtes à tartiner, les pâtés végétaux et la pâtisserie réussissent à me passionner. Tout ce qui a un lien avec la pâte... Et les doigts qu'on lèche...

Et à chaque fois que j'entreprends une fabrication de biscuits sablés, c'est en reprenant les notes de mon carnet de recettes, pour faire avec ce que j'ai sous la main, de manière simple et rapide.



Bouddha, ma lapine, entretient une frayeur inébranlable de la porte du four. C'est qu'à peine on l'ouvre de quelques centimètres, déjà la porte grince comme les gonds de celle d'un château hantée...

La seconde d'avant, elle est curieuse de ce qui se passe à la cuisine, tourne dans mes jambes, joue avec sa boîte en paille, voire est tout à fait détendue sur les tapis, et la seconde d'après la voilà qui se carapate à toute berzingue, moulinant des membres inférieurs sur le carrelage, perdant de l'adhérence sous ses pattes, virant comme un bolide prend une tête d'épingle au frein à main, et file comme une boule de feu pendant l'orage pour se réfugier dans son antre, le salon.

Quelle terreur lie-t-il à la gazinière ? Celle du plat parfumé à la moutarde dont elle pourrait faire office... ?

Je me le demande à chaque fois avant d'aller vite la réconforter, en l'inondant de bisous sur les yeux, et en lui chuchotant que dans ces lieux elle ne sera jamais envisagée comme une denrée comestible.



Puis je reviens à mon projet gourmand. J'explore ma boîte à farines. Comment fabriquer des biscuits sans gluten qui soient ni secs, ni poudreux, ni fades... Je pose la balance sur le plan de travail et un large saladier dessus.

Voyons si je mélange et malaxe ensemble...
  • 50g de farine de riz
  • 40g de farine de sarrasin
  • 10g de fécule de pomme de terre
  • 50g de sucre rappadura
  • 1 càs de cannelle
  • 1 càs de chicorée en poudre
  • 1 grosse pincée de 4 épices
  • 70g de beurre mou

... ou bien
  • 2 œufs
  • 100g de rappadura
  • 150g de beurre fondu
  • puis 250g de farine de sarrasin
  • 1 càc de levure
  • une pincée de sel
  • et des morceaux de chocolat noir à 70% incrustés sur le dessus


Faire ensuite des boules, avec une cuillère doseuse à fond bien rond, ou bien grossièrement avec les doigts. Les disposer sur une plaque recouverte de papier cuisson et les écraser légèrement avec le dos de la cuillère.

Puis enfourner entre 8 et 10 mins à 180°C.

Laisser refroidir avant de les retirer de la plaque.

Se conservent très bien dans une boîte et sont délicieux accompagnés d'un expresso ou d'un grand mug de camomille.



DClassé dans : Mes découvertes ,Mots clés : Automne, Cuisine, Gourmandise, Lapin, Recettes, Sans gluten, Tisanes

Dimanche d'eau blanche


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Le ciel est aussi blanc qu'une porte de frigo. Le vent secoue le volet roulant légèrement abaissé, comme autant de spasmes torsaderaient une colonne vertébrale transie par le froid. Le voile rouge, que j'ai attaché au bas du volet en guise de store, se trémousse, se soulève, vibre, flotte et tremble à la verticale, s'érigeant par vagues en drapeau, attestant de ma conquête du balcon, s'arrogeant la fonction du signe belliqueux de mon lien au lieu.



La luminosité ne donne aucune indication de l'heure qu'il est. Seule la voisine du 8 trahit le moment des repas qui approchent, portant la voix à travers plafonds, murs et planchers, comme un adjudant réveille ses troupes à l'aube avant le combat, en jurant, beuglant, éructant ici sa névrose au visage de ses deux gamins.

Tous les jours les mêmes drames aux mêmes moments. Cette habitude du conflit obligatoire toujours pour les mêmes raisons doit servir de repères chronologiques. Ou bien seulement justifier l'existence des cordes vocales...



Je pose la question.

Tandis que ma lapine mastique du brocoli qui craque sous ses molaires, une porte claque. Encore la voisine. Le robinet coule dans ma cuisine. Je vais regarder à la fenêtre les arbres brassés par les bourrasques, s'embrassant les uns les autres, mêlant feuilles et branches, ballottés par un bazar de vents contraires.

Une voiture blanche passe.

C'est un jour où le désarroi des gens se mesure aux temps calmes, plus longs et nombreux qu'à l'accoutumé. Jour chômé, jour du seigneur, jour d'été mais temps d'automne. Jour blanc comme une baignoire, dur et froid. Jour non-ouvré, où tout est fermé. Jour où la pluie annoncée ne brasse que poussières et volets.

Jour où la télé reste l'indéboulonnable divertissement assuré.



Chez moi, il n'y en a pas. De télé. Je lis, je regarde films et séries, entre deux grattouilles d'oreilles de bestiole à fourrure.

Pas de canapé non plus, mais un canapouf, un futon de laine posé au sol et garni de coussins. Je vis par terre, à la japonaise.

Les tapis sont l'alpha et l'oméga du confort de mon salon.

Tour à tour carré où je pose ma mini table pour travailler sur mon ordinateur, faire mes comptes ou bien manger, triangle où je couds, rectangle où je m'étire de quelques postures de yoga, cercle de jeu pour une lapine obsédée par la chasse au Raymond, sa peluche.



Ou bien encore bande latérale et aléatoire où je m'allonge pour faire le cadavre.

La fatigue fond sur mes paupières. La lumière blanche aplatit les angles, aggrave les contrastes, épuise le moral.

Le ciel est de plomb mais rien n'en tombe.



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L'inventaire circulaire


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

L'autre matin, dans la pénombre de ma chambre, la fenêtre légèrement entr'ouverte pour rafraîchir une pièce où le sommeil est une bataille contre les jambes lourdes et les suées nocturnes, une douceur inattendue m'a bercée l'instant d'un lever de soleil. Alors que mon corps gagnait petit à petit un certain répit, vers six heures, un oiseau s'est mis à chanter, tout près. Peut-être était-il perché sur le rebord de la fenêtre. Sa mélodie a envahi l'air figé de la chambre et m'a plongée dans un profond repos d'où j'entendais, au loin, le sifflement si coloré.



Derrière mes paupières, mon cerveau a connecté quelques mystérieux neurones et a enclenché le décryptage simultané du discours musical de ce petit sauvage à plumes. Soudain j'étais la spectatrice d'un fabuleux concert d'images, d'une traduction cinématographique de corollules sonores et autres trilles baroques dont l'ordre du jour consistait à faire l'inventaire circulaire, en temps et en surfaces, d'une histoire. Leur Histoire. Celle de leur groupe, un vaste groupe formé de Clans.

Je voyais le récit de leurs origines, de leurs épreuves, de leurs ententes. Les cartes de plans géopolitiques, les boucles de stratégies coopératives, l'exposé chronologique d'une archive territoriale et environnementale, dont les chapitres, ou plutôt les cercles d'archives, étaient clôturés avec fluidité par certaines notes altérées, comme étirées, avant de passer à l'ellipse suivante.

J'assistais, dans le secret de ma pièce à dormir, passablement éreintée par mes insomnies, et soudain agréablement enveloppée d'un doux relâchement, à la transmission orale du passé et du présent de la République des Merles Noirs de l'aile sud du bâtiment.

Toute la structure hiérarchique du groupe était dessinée devant mes yeux, à laquelle s'ajoutait ensuite la liste botanique et illustrée des arbres et des buissons de leur État, puis les armoiries de leurs plumages, emblèmes de chacun de leurs clans. Autant d'informations utiles pour assurer la paix, la cohésion et le partage équitable des matériaux, nourritures, abris, relais et bonnes adresses à connaître.



À un ami à qui je racontais mon rêve et qui se demandait si ce n'était pas également ce genre de discussions qui les occupent lorsqu'ils se rassemblent sur les fils qui hérissent le toit des châteaux d'eau du quartier, je répondis qu'à mon avis c'était là plutôt des réunions de plusieurs groupes pour les indispensables mises à jour des inventaires circulaires.

Tous les clans du quartier sont invités là-haut pour faire le bilan des coopératives, les annonces des trocs de ressources et négocier les frontières des territoires. Une vaste assemblée des Républiques où chacun compte pour une voix. Désormais j'en suis convaincue, les oiseaux pratiquent la démocratie participative et l'organisation horizontale.

D'ailleurs ma lapine - quoiqu'elle ai l'air tout à fait absorbée par son occupation favorite de la méditation emmanchée - partage tout à fait ce point de vue, cette conception de la cohabitation durable sur notre planète.



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