Mon côté Sorcière


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

"Speedy Gonzales"... "Police"... "Jambes d'allumettes"... "Trisomie 21"... "Zizi-coincé-dans-le-placard"... "Mate-je-?"...
sont les quelques surnoms collectionnés par la petite fille maigre, introvertie, à la limite de l'aphasie, que j'ai été.

Pour démentir ces projections dont pour la plupart je ne comprenais pas la portée, je me suis fabriquée le costume du parfait clown de service, qui raconte des blagues de Coluche, imite de Funès, Zitrone et Mr Gonon le prof d'Histoire-Géo. Puis je suis tombée amoureuse de Sophie Marceau, me suis passionnée pour le cinéma et j'ai décidé de devenir "Actrice" !

C'était ignorer ma réalité. Une toute autre histoire.



Un jour, je suis allée voir mon patron pour lui demander une promotion. Je travaillais dans un fast food. C'est vrai que j'aimais beaucoup faire équipe avec l'un des managers mâles de mon restaurant, mais je ne m'attendais vraiment pas à ce que mon patron le relève et me demande si cette motivation pour devenir aussi manager n'était pas simplement parce que j'étais tombée amoureuse de lui.

Puis non content de m'avoir séchée sur place, il commença à m'expliquer qu'il fallait vraiment aimer ça - fabriquer et servir des hamburgers - "fallait en bouffer du ketchup, avoir du ketchup dans les veines, aimer bouffer du ketchup tous les matins". Et simultanément, tout en l'écoutant, je me voyais déjà devoir chaque jour aller en réserve sèche pour ouvrir un sachet de ketchup et le gober avant d'aller pointer en croisant mes collègues chefs arborant leur beaux bras écarlates, veinés de ketchup.

Évidemment ma logique est tout de suite intervenue pour m'indiquer que ce n'était pas possible, que c'était une façon de parler. Mais j'avoue, je n'y entends rien aux façons de parler.



À mes dix sept ans, mon père m'a offert une montre. C'était ma première vraie montre, pas une en plastique avec un écran à quartz. Non, c'était une montre analogique avec un cadre en métal anthracite, ses nombres et ses aiguilles étaient bleu jean, et son bracelet en cuir marron caramel. Elle était magnifique. Le premier jour que je suis allée au lycée avec, j'étais fière, je jubilais.

Durant la pose déjeuner, au seul café snack du quartier, j'étais en compagnie de "mes deux meilleures copines" - du moins je mangeais à la table à côté de la leur, seule - et je saisissais chaque prétexte dans leur conversation pour regarder ma montre et leur dire l'heure. Je mangeais, je parlais, j'écoutais en regardant ma montre, tout à l'admiration de cette belle mécanique. Et soudain, l'une des copines me tomba dessus en me demandant de bien vouloir"fermer ma gueule, qu'il y en avait raz le bol de m'entendre égrener le temps comme l'horloge parlante".

Je me suis littéralement brisée en deux. Le chagrin m'a envahie comme une chasse d'eau. Au bord des larmes, j'étais paralysée par la brutalité de sa réaction quand je n'étais qu'amour et partage de ma joie.

Depuis j'ai fait un long chemin. Je sais faire la part de ce qui ne se voit pas chez moi de ce qui se voit. Ou presque.



Je ne peux pas parler et regarder en même temps dans les yeux la personne à qui je m'adresse. Et si on me parle en me regardant dans les yeux, une erreur 404 s'affiche derrière les miens.

Quand je suis dans un groupe, je n'arrive pas à tenir une conversation plus de quelques minutes. Mon attention décroche assez vite de mon interlocuteur et s'agrippe à tout ce qui dépasse autour, dans mon champ auditif et visuel. Et très vite je finis là, dans un coin, à entendre les choses et les gens, à regarder dans le vague, sans comprendre les enjeux des sujets abordés. Je crois déranger si je rouvre la bouche, je n'ose pas couper la parole. Et si malgré tout je m'y risque, attirant sur moi l'attention de l'ensemble du groupe, ma voix sort de ma bouche avec la puissance d'un cri de campagnol.

L'idée que je tente alors d'exprimer se contracte et je sens mon cerveau se vider comme une gourde percée. Je m'entends parler, je me vois parler, mais je ne sais plus vers quoi mon propos tente d'aller, car je n'ai plus accès à mes souvenirs, à mes références, à mon stock de ressources, aussi humble soit-il, et j'ai peur que ça se voit.

Je n'aime pas non plus que l'on me touche, je respire moins bien.



Longtemps lorsqu'un imprévu s'intercalait brutalement, j'étais prise d'un monologue inondant mes synapses et d'une impatience emballant tous mes nerfs, extrêmement pressée de régler cet épisode pour revenir mon rythme normal.

Pour contrer l'anxiété qui m'envahit face à des évènements inhabituels, je me prépare constamment mentalement, je planifie des semaines à l'avance, j'envisage un catalogue de scénarios, tout en sons et en images, avec dialogues et variables scrupuleusement réfléchies. Que ce soit pour un déplacement dans une autre ville, une visite chez mon ostéo ou un simple repas entre copines.

Depuis bientôt cinq ans, je fais du théâtre pour remédier à des crises de tremblements avec paralysie de la mâchoire qui m'ont souvent fait frôler le malaise vagal dans des circonstances pourtant tout à fait banales. Grâce à l'accès facile et gratuit à des vidéos de séances de yoga sur le web, j'ai appris seule, chez moi, à respirer et dans une certaine mesure à lâcher prise. Aujourd'hui la houle reste sous contrôle dans mon ventre.



Pour les mêmes raisons, je n'invite jamais personne à venir chez moi. Quand c'est indispensable, j'ai besoin de le planifier bien à l'avance. Je déteste ça, pas celle ou celui qui vient, mais qu'on entre dans ce qui est pour moi mon ultime intimité. C'est juste au dessus de mes forces. Parce que c'est l'endroit sensé me protéger de toute cette foultitude d'éléments disparates et dénués de tout bon sens à l'extérieur, qui affolent mon système neurovégétatif, c'est mon dernier refuge, où je connais par coeur le moindre éclat du carrelage ou accroc de tapisserie. D'ailleurs je n'ouvre jamais ma porte quand je n'attends personne.

Voyager est aussi une lourde épreuve. Mais paradoxalement j'ai été détendue et très à l'aise dans ce monstre urbain qu'est Tokyo. Certainement du fait que je ne lis pas le japonais, mon cerveau a pu se mettre au repos, cessant d'être constamment sollicité par de multiples informations, percevant à la place juste de simples dessins.

Quand je suis quelque part, en week-end, en résidence ou bien à un pique-nique, très souvent je me fais mal. Je tombe, trébuche, me tord la cheville, je me coupe, ramasse une écharde, casse, inonde, met en panne ou brûle quelque chose.

Ou bien je me fais un suçon du tympan en retirant un des bouchons sensé m'aider à dormir à côté de la copine dont la respiration nocturne peut atteindre les 80 décibels. Et je ne le dis à personne, même si du sang sort de mon oreille.



Je n'ai jamais eu d'attirance sexuelle. J'ai passé plusieurs nuits avec différents petits copains sans qu'il ne se passe absolument rien. J'aime seulement certaines textures de peaux et de pilosités, surtout au niveau du cou, et j'aime une frontière nette, franche, entre la nuque et la racine des cheveux. Les mains mates et musculeuses, aussi.

Je tombe intellectuellement amoureuse. Amoureuse d'un regard intense, rempli d'un éclat incisif, et puis d'une belle diction... très souvent c'est une douce et manière soutenue de parler qui m'attire physiquement. Non pas pour mélanger nos fluides, mais bien davantage pour simplement être ensemble.

Je suis tout à fait apte et disposée à ce que mon corps exulte, j'ai même plutôt beaucoup de facilités à éprouver du plaisir, mais quand je rencontre quelqu'un, c'est sans doute la dernière de mes préoccupations. Dans la vie en général, du reste. Le contact physique, je l'ai dit, est tout un problème, mais la conversation, l'échange, les jeux subtils de la séduction sont pour moi du charabia. Si un garçon (je suis hétéro) me sourit, je pense qu'il passe une bonne journée.



Tous ces faux-pas, ces retraits et ces décalages, durant des décennies, ont été des évidences indicibles de mon quotidien, que je pensais communes, universelles. Aujourd'hui, à la lumière de mon auto-diagnostic, tout en assistant ébahie à la réconciliation de mon moi-de-dedans-tout-au-fond-enfoui de petite fille avec la femme de près d'un demi siècle que je vois désormais dans la glace, un lourd soulagement s'installe petit à petit. je me donne l'autorisation d'assumer ce que je suis. Cependant j'oscille entre la joie de la réponse enfin trouvée et le deuil de la perte.

Oui quoi, ça ne fait jamais que quinze ans que je suis dans le déni. Comme pour mon allergie au gluten, où j'ai attendu quatre ans avant d'accepter l'évidence.

Pourtant, au fil de nombreuses lectures suite à d'excellents résultats obtenus à des tests pyscho-techniques passés au hasard d'une formation et qui firent ma grande surprise, à mes 41 de quotient [ AQ de Baron-Cohen ] et à la rencontre de quelques vrai.e.s Aspies dans la vraie vie, l'éventualité que j'entrais dans la petite case de l'autisme sans handicap mental - ou de haut niveau - m'a fréquemment effleurée. Ou du syndrome Asperger, ou TSA, ou... quelque soit le nom qu'un expert mettrait dessus. Mais jamais je n'ai osé en tirer de conclusion. Je me disais mais non, ça n'est pas moi, ça y ressemble mais ça peut pas être ça, des gens l'auraient vu depuis le temps... Moi ça s'explique surtout par le fait que j'ai grandi dans une secte.

Cette dernière particularité de mon parcours justifiait ainsi tout dans mon inventaire des choses qui chez moi ne tournent pas dans le même sens des vents dominants.



Finalement, j'ai même de la chance, aujourd'hui être aspie est devenu en vogue. On les a d'abord beaucoup recherché au début de l'ère industrielle pour exploiter leurs facilités avec les nombres et leur forte capacité de travail. Depuis, la science a découvert que les femmes pouvaient aussi présenter ce syndrome, longtemps resté une exclusivité masculine. Ma place dans la société est donc garantie.

D'ailleurs les Asperger poussent comme des petits pains sur le web, multipliant les #Geek à longueur de profil, surfant sur cette mode du développement personnel qui invite à l'authenticité, l'inventivité, à la facilité d'explorer des alternatives et à l'expression de soi à travers ses passions. Tout ce que je sais faire de mieux.

Si j'en étais capable, je serais coach en autonomie, mon parcours d'autodidacte comme agrément professionnel et tampon officiel. Je pourrais enseigner les outils de l'auto-apprentissage, soigner les phobies administratives, former au nettoyage intérieur écologique, initier à la revalorisation des vêtements et des objets, livrer les secrets des soins naturels et de la cuisine végétale, partager mon expérience des intolérances alimentaires ou même apprendre à photographier et traiter des images, à construire et designer un blog, à se démerder tout seul quoi pour résumer.



Bien sûr, dès que le contexte et les conventions l'exigent, l'étiquette "Nerd" de tous ces fraîchement promus du bulbe supérieur glisse subrepticement dans une poche, par nécessité pour décrocher un entretien d'embauche, un stage dans une prestigieuse entreprise, ou trouver des sponsors afin "de vivre de son activité de vlogging". Quand moi je tombe malade après une réunion de deux heures avec douze personnes dans une salle climatisée éclairée aux néons. Ou mets trois jours pour envoyer l'e-mail qui accompagne un devis. Mais au fond tout ça n'est pas si terrible, car en d'autres temps, un tout autre sort m'aurait été réservé.

Être une femme solitaire, sans enfant, n'en avoir jamais voulu, préférant la compagnie des bêtes à poils à celle de ses semblables, démunie face à la compétition, rompant avec sa propre famille, dotée d'un esprit critique volubile, d'un humour littéral, allergique aux rites sociaux, parlant aux plantes, lavant ses cheveux avec de la boue, soignant ses angoisses et ses insomnies en se parant de jade, de rhodochrosite ou de gabbro... Être une femme en colère, pleurant de rage les atrocités et destructions massives inhérentes à cette crétinerie humaine globalisée qui dirige le monde, désespérée et en lutte, préférant la justice au bonheur, globalement réfractaire... Mouais, en d'autres temps, cela m'aurait valu d'être directement expédiée au bûcher.



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La fin des bulles


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

En ces temps d'une brutalité inédite, politique, sociale, médiatique, toutes sortes de fins se profilent, desquelles une frayeur ne me quitte plus... Le soir quand j'essaie de m'endormir ou le matin quand la conscience me revient... Desquelles, qui sait, il finira peut-être, au bout du compte, quand tout sera perdu, par émerger quelque chose d'intelligent.

Pour l'heure, quitte à sembler légère, j'applique le bon sens à mon quotidien, j'arrête les shampooings.



Objectivement, j'ai beau me torturer le bulbe, je ne peux rien faire pour changer la situation moisie dans laquelle plonge le monde tout entier. Arpenter les rues en scandant un slogan, en tenant à bout de bras un morceau de carton peint, avant de se faire exploser un œil par une grenade lacrymogène ? Il a été démontré depuis 2005 que cela ne porte à conséquence sur rien, si ce n'est sur son intégrité physique.

Ainsi le territoire de ma lutte est par défaut réduit à mes habitudes de consommation. Quel que puisse paraître aisée cet engagement, et bien que le changement de paradigme ne viendra pas à l'évidence par mon caddie, aussi superficiel que soit à première vue la démarche, elle entraîne pourtant un vaste questionnement qui ne va pas forcément de soi.



Pour aménager son intérieur, pour s'habiller, pour s'alimenter, pour se déplacer, pour se soigner, pour s'éduquer tout au long de sa vie, il n'est pas dans nos reflexes, dans notre culture occidentale et nos habitudes de surconsommation de faire simple, de faire soi-même. C'est à dire de faire avec ce que l'on a déjà, sans entraîner des dépenses qui systématiquement vont désormais jusqu'à l'endettement pour la majorité des gens.

Cette façon pragmatique de faire m'inspire pour tout et depuis longtemps. Bien sûr, c'est d'abord un manque de moyens qui m'y a amenée. Puis les modalités, dans chaque domaine qu'implique cette manière de vie différente, ne se sont pas imposés d'emblée, mais me sont apparues de manière empirique, sur la durée, au rythme des ressources disponibles, des essais, des ratages et de l'évolution de mes besoins.



Prenons le seul exemple de mon crâne. Voilà quelques années que mon cuir chevelu revendiquait allègrement qu'il ne supportait plus les colorations au henné, ce que j'ai commencé à faire dès l'âge de 20 ans. J'ai très longtemps été rousse, avant d'arborer un châtain doré tirant sur le vénitien pour cacher des racines de plus en plus dépigmentées... Et puis j'ai tout arrêté, laissant libre le gris d'envahir ma tignasse.

Mais bien avant cela, au fil des mois et de mes expériences capillaires pour soigner naturellement la peau de ma tête, et ce qui poussait laborieusement dessus, ces derniers m'ont clairement laissé aussi comprendre qu'ils se passeraient bien des tensio-actifs. Aux shampooings que j'utilisais, quels que soient la marque et le label bio, même le [ Flore de Saintonge ] qui a une composition minimaliste irréprochable et que je recommande à l'occasion, toujours mon cuir chevelu et ce qui le prolonge préféraient la douceur de l'eau pure, un exhaustif brossage aux poils naturels, ou encore des poudres de racines, de fleurs ou autres infusions hydratantes, calmantes, éclaircissantes...



Les solutions les plus simples sont souvent les moins évidentes, les plus éloignées de notre cerveau tellement lavé, formaté, déformé. Le bon sens nous a quitté.e.s depuis belle lurette, plus enclin.e.s que nous sommes à faire aveuglément confiance à l'homme en blouse blanche plutôt qu'à la femme au tablier.

Pour autant, la simplicité n'exclue pas les difficultés.

Dans un environnement pollué et anxiogène, pour compenser les agressions quotidiennes, cette touffe qui me sert de chevelure, qui boucle, mousse et s'évapore, réclame des soins sur mesure. Sans la coloration végétale qui recouvre la fibre d'un exo-squelette, sans la mélatonine qui lui donne sa couleur et que remplacent des bulles d'air, mon cheveu a reprit alors sa véritable et vulnérable nature, depuis des décennies par moi oubliée - si ce n'est totalement ignorée.



Au fil du temps et des changements, de l'âge, de l'état général, des éventuelles carences, il a fallu partir à la conquète d'une fibre mystérieuse, que l'on dit morte et qui pour autant réagit sans cesse aux éléments et à son environnement. Autrement dit, il n'a pas été une mince affaire de se réconcilier avec ce phanère qui renferme et accumule pour les évacuer toutes sortes de toxines et traumatismes anciens.

De l'élimination des bulles de savon vers l'envahissement des bulles d'air.

Voilà deux ans que je suis adepte du no-poo et quinze mois que j'ai arrêté le henné. Et j'ai de plus l'arrogance de laisser pousser. Pour laisser apparaître mon vrai visage, celui que façonne le temps, celui d'une femme autonome, mature, désireuse d'être soi, sans plus tricher. Et pour découvrir la palette incroyable des teintes que seule la nature sait produire, en toute discrétion, dans l'intimité d'une humilité baroque.



Au risque de ressembler à une sorcière, ce qui n'est pas pour me déplaire, j'ai laissé faire. Après tout, à l'origine les mots "glamour" en anglais et "charme" en français signifient tout deux "sortilège". Du reste, à la moitié du processus, il était évident qu'il s'agissait d'un projet, et non plus d'une phase pathétique de négligence avérée. Cependant, c'est à partir d'une certaine longueur, d'une évidence du temps qui passe assumée et affichée, une fois que le gris était pleinement installé sur les deux tiers de mes longueurs, que le secret de mon essence s'est, dans sa forme kératinesque, révélé à moi. Jusqu'à changer la lumière de la couleur de mes yeux.

C'est une transformation, une apparition, avec tout ce qu'elle suppose de sauvage, d'indompté, de libre et de mélancolique. La crainte de quelque chose d'un peu dur et de dérangeant, le doute, le désir par moment quotidien de tout tailler à raz, ont laissé place à la fascination pour la magie de la nature.



Figurez-vous que la compote de pomme lave. Mais également le miel, l'œuf, la poudre d'ortie, l'argile et la farine de pois chiche.

Et puis il y a toutes les poudres de plantes, qui lavent et/ou qui soignent, parmi lesquelles tout un choix est à faire selon la nature du cheveu et ses besoins. Pour ma part, j'expérimente de temps en temps le shikakaï issu d'une variété d'acacia. J'utilise plus souvent le kachur sugandhi, provenant d'un rhizome de la famille du curcuma et du gingembre, qui stimule la pousse et donne du volume. Ou bien le shampœuf, c'est à dire un œuf battu en omelette, qui lave aussi, nourrit et gaine.



Mais le plus utile sur mon crâne ingrat, ce sont le gel de lin, l'infusion de camomille et lemongrass, ou d'hibiscus, l'huile végétale de piqui, le sirop d'agave... et mon indispensable compote de pomme, faîte maison évidemment. Je la mélange à de la poudre de racine de guimauve, et ça me fait une pâte veloutée qui rafraîchit les racines, hydrate les longueurs, démêle l'ensemble et laisse une soyeuse douceur discrètement parfumée.

Pour les utiliser, c'est bête à pleurer. On mixe, on touille, on ajoute de l'eau, des actifs humectants, hydratants, nourrissants, comme un yaourt, une banane, de la glycérine végétale, du gel d'aloe vera, de l'urée, de la provitamine B5, des protéines de riz... Ou bien on se complique pas et on laisse tout seul, nature. Puis on applique la mixture obtenue sur toute la chevelure, comme n'importe quel shampooing ou masque du commerce. On masse, on triture doucement, on laisse agir plus ou moins longtemps, selon les propriétés de ce que l'on utilise, puis on passe sous la douchette. On finit par un rinçage à l'eau douce, ou infusée de plantes, ou vinaigrée, puis on enveloppe le tout dans une serviette éponge douce, et enfin on laisse sécher à l'air libre.



Au début c'est assez déconcertant parce que ça ne mousse pas du tout. Encore que ça peut si on utilise des noix de lavage ou de la saponaire. Mais pour ma part, aucune bulle. La plupart du temps, je peux même manger ce que je mets sur ma tête. Ça me rassure de traiter mes phanères comme je traite mon estomac. Mes cheveux vont boire, manger les nutriments, assimiler les actifs, digérer les composants. Ce n'est jamais pareil, selon l'humeur, la météo, la qualité de l'eau, mais ça fait toujours du bien.

Une fois bien séchés, je les démêle aux doigts et, Ô miracle, c'est tout propre, tout beau, tout sain, ça ne gratouille plus, ça sent bon, et ça met une - voire deux semaines - avant de regraisser. Le pire est que plus on patiente, plus on fait dans la simplicité - voire moins on en fait - mieux c'est.



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Nuts


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Se passer du superflu, quand on est pauvre, c'est facile, vu qu'on en a pas les moyens. Sauf bien sûr à passer sa vie à tourner aigre à force de frustrations. Ainsi il y a chez les pauvres, qui ont un [ QI supérieur à 100g de Nutella ] , un certain goût pour l'exploration des possibles.



Ça commence par la nécessité de tirer des contraintes des solutions pratiques, de transformer les limites matérielles par un esprit imaginatif, d'exploiter les seuls moyens à disposition pour apprendre à s'en affranchir.

Ça se développe par le désir de souffrir le moins possible de la situation, de parer aux besoins indispensables dans les meilleures conditions, de se mettre à l'abri autant que faire se peut, avec peu, mais avec goût et bon sens. De rester responsable de ses actes d'achat.

Enfin de s'aménager une zone de confort et de sécurité minimum, de s'attacher à l'essentiel, avec à défaut d'argent du temps et de l'intelligence.



★ Kufuu Art of Life ★

Faire autrement, récupérer, réparer, adapter, détourner, cuisiner, fabriquer soi-même.

Quand j'étais petite, je me déguisais d'une paire de rideaux pour toute robe de princesse, et d'un panier en osier en guise de chapeau. Je construisais une cabane avec les gros barils de lessive de ma mère en carton. Je goûtais à quatre heures en étalant sur de la brioche de la crème liquide mélangée à du chocolat Poulain. Puis je partais en expédition équatoriale en escaladant le buffet.

Aujourd'hui je n'ai jamais autant porté de marques. Pourtant mon critère d'achat se limite à la couleur, puis la matière, ensuite la taille, et enfin l'état général. parce que je trouve la majeure partie de ce dont j'ai besoin au poids chez Emmaüs. Et je dis ça, mais je dois avoir un goût très sûr, car j'arrive même à manger dans des pièces uniques en céramique artisanale, elles aussi achetées à la braderie Emmaüs.

Je fabrique mes soins cosmétiques et mes produits ménagers avec des matières brutes qui durent longtemps et vendues pas chères. Je n'ai pas la télé. Je m'organise sur un super agenda stylisé à la main dans un simple cahier. Je concocte mes pains, mes gâteaux, mes biscuits, mes pâtés végétaux et pâtes à tartiner - salées et sucrées - avec des bananes, du thon, de la betterave, des amandes, de l'avocat, du cacao, des dattes, des graines de tournesol...

C'est de fait ce que j'essaie de donner à voir ici. Ce blog expose mes humbles façons de faire ce que je peux, avec ce que j'ai, là où je suis.

On n'est pas ce que l'on veut. Mais on peut choisir la façon de l'être. Et être pauvre n'exempte pas d'en faire l'effort.



★ Tare ta gueule au supermarché ★

Excuser la violence d'un individu qui bouscule tout le monde, en écrasant des pieds et en tirant quelques barrettes, pour s'emparer d'un bocal de trois noisettes, uniquement parce qu'il est pauvre, cela révèle une opinion méprisante à son égard, à vrai dire. C'est une insulte à son intelligence. Car bien que pauvre, il n'en est pas moins pourvu qu'un autre, il me semble, d'intelligence, tout issu qu'il est de cette espèce au cerveau surdimensionné. Et donc tout à fait en mesure de prendre conscience de certaines absurdités.

Ou bien alors les réactionnaires ont raison de penser qu'ils ne faut définitivement pas donner d'argent aux pauvres, puisque manifestement ils en font n'importe quoi... Je pose la question.

De quoi rêvent ces gens qui créent la cohue dans les supermarchés ? De devenir milliardaires ? Sont-ils des riches irresponsables qui s'ignorent ? Sont-ce les mêmes qui sont prêts à faire n'importe quoi pour un travail ? À travailler pour rien ? Qui pensent toujours que "c'est mieux que rien" ? Qui dénoncent pour être dans les petits papiers du chef ? Qui ont honte de toucher une allocation alors qu'ils y ont droit ?

Qui viennent en douce à la débauche coincer un collègue dans le vestiaire, pour tenter de physiquement l'intimider, et obtenir de lui qu'il prenne son départ en retraite anticipé ? Croyant que cela évitera une nouvelle charrette de licenciements, sauvant leurs fesses au détriment du copain, de la même manière indigne qu'ils arrachent des mains d'inconnus le dernier polo bardé de sa griffe et bradé en taille 44 ou la boîte de l'ultime smartphone ?



★ L'habit ne fait pas le bobo ★

Certains diseurs de gauche feraient bien de mettre à jour leur logiciel. Plutôt que de reprocher à tue-tête, aux gens qui ont été indignés par la violence qu'a provoqué ce coup de promo sur de l'huile au sucre, d'être des "bobos haineux". Et surtout de vraiment mettre un jour les pieds dans un magasin bio, pour enfin savoir de quoi on parle.

Par exemple, pour découvrir que la marque, pour laquelle ces quelques abrutis se sont battus, est vendue plus chère que certaines pâtes à tartiner aux vrais chocolat et noisettes bio. Ou pour constater ébaubis qu'on trouve du bio dans les mêmes supermarchés où les batailles ont eu lieu.

Et puis pour éventuellement se rendre compte aussi que parmi les pauvres, même les très pauvres, il y a des "Bobos". Des gens - ma foi c'est incroyable - qui lisent, qui se cultivent, qui s'informent, qui se forment, qui se rendent compte du monde dans lequel on vit. "Du martèlement du marketing, de la chaîne de production", tout ça, et qui choisissent de transformer leur maigre pouvoir d'achat en choix librement consenti de frugalité.

Ça ne signifie pas pour autant que leur journée se cale sur le mode de vie des moines cisterciens.

Du chocolat en pâte - faut-il le rappeler - ce n'est pas un produit de première nécessité, encore moins de la nourriture, c'est un plaisir. Je ne dis pas par conséquent qu'il faut apprendre à s'en passer, mais à raison garder. Un pauvre, même celui qui s'est affranchie de l'envie d'acquérir des marqueurs sociaux, n'est pas plus réfractaire qu'un autre à l'idée d'égayer ses papilles, de jouir de la vie. Il faut bien que le corps exulte. Or là je m'insurge, car il y a mille façons de se faire plaisir avec trois fois rien, sans risquer l'obésité et l'arrêt cardiaque, sans aggraver la déforestation et l'extinction d'espèces animales. Et sans taper sur la gueule de son voisin.

L'affrontement physique pour des futilités nuisibles n'a aucune excuse, quelle que soit la condition. Le vol peut avoir des circonstances atténuantes, la brutalité vulgaire n'en a pas.



★ Carences en liens ★

Si on réfléchit deux secondes, on peut distinguer un dénominateur commun émergeant de chacun des parcours des individus appartenant à la catégorie pauvre. C'est cette absence d'humanité, de justice, d'égalité, propre à notre système, qui un jour s'est imposée à eux, de façon plus ou moins répétée, plus ou moins supportable, et qui les oblige à un moment donné à faire comme ils peuvent avec ce qu'ils ont.

Je parle de tous ceux qui ne sont pas économiquement viables, et dont la totalité des revenus passent dans les factures. La solidarité, le partage, la bienveillance, le bons sens devraient les relier. Mais la honte prévaut dans ce système où règne aussi la croyance que l'on est pauvre parce qu'on le mérite. Jusqu'à ce qu'ils se renvoient les uns les autres la même violence dont ils sont les victimes. Et la boucle est bouclée.

Pendant que les autres catégories de mieux lotis leur font la charité sur un ton condescendant, c'est l'isolement et la culpabilité qui les enferment. Et la défiance aussi. Alors que l'occasion est donnée de sortir du schéma.

Puisqu'on est déjà poussé hors du jeu, autant l'être tout à fait. Sans en avoir l'air. Avec talent.



★ La plastique des neurones ★

Malheureusement, à l'inverse de la classe ouvrière qui partage une Histoire, une culture, des savoir-faire, ou de la classe bourgeoise qui s'entend sur des traditions, des principes, des réseaux, les pauvres n'ont pas de liens historiques, pas de repères culturels. Ce n'est pas une classe, c'est une situation matérielle qu'affrontent toutes sortes de gens.

Heureusement, la liberté de penser, l'ingéniosité et l'indépendance intellectuelle ne sont pas fatalement proportionnelle à ce que l'on a dans le porte-monnaie. La faculté de de ne pas se soumettre, de résister n'est-elle pas universelle ?

Cette capacité à voir les choses autrement, à s'auto-organiser, à se réapproprier les moyens de son existence a démontré maintes fois dans l'Histoire et à travers le monde que l'intelligence n'est pas inhérente à la classe sociale, ni au statut professionnel, ni au salaire perçu. Elle peut émerger de toute part, par la seule volonté, par le seul désir d'autonomie, par le besoin impérieux d'un changement.

Et si de ça nous en avions tous les moyens ?



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