Des cendres


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Des lunettes de vue sur mesure et des livres. Voilà les premières choses que j'aurais envie d'acheter si du jour au lendemain je n'avais plus jamais à me soucier d'argent, si j'étais l'heureuse gagnante à la loterie nationale. C'est un rêve que j'ai, d'entrer dans la librairie Mollat à Bordeaux, de prendre un panier, de voir distinctement les titres des livres partout dans les rayons, de pouvoir lire la quatrième de couverture sans pleurer des yeux et de remplir mon panier sans restriction.



Chaque soir, lorsque j'ai du mal à m'endormir, j'imagine ce qui se passerait si ma vie était ainsi bouleversée. Je passe moins en revue en réalité ce que je pourrais m'offrir que ce dont je me séparerais. J'inventorie les choses que j'ai et je fais le tri. Et ça exige une certaine concentration, entretient une tension dans tout le corps, tendu par la liste que je dresse...

Du coup le sommeil s'éloigne d'autant plus de mes paupières.

Garder tout ce qui est en bois, le réparer, le rafraîchir, l'adapter, le restaurer. Garder tout ce qui est en matières naturelles et peut servir encore longtemps. Réunir tout ce qui a une valeur sentimentale, trouver comment et où le ranger. Puis donner tout le reste si c'est en bon état.



C'est étonnant comme en changeant d'angle de vue, en passant de la pauvreté précaire à la richesse à durée indéterminée, les objets conservent à mes yeux malgré tout leur intérêt matériel premier. Je veux dire qu'à partir du moment où ça n'est pas cassé, où ça s'entretient facilement et fonctionne correctement, j'ai vraiment du mal à trouver une justification pour m'en séparer et acheter du neuf. D'autant que le neuf est tellement une source de déception désormais.

Alors, à moins peut-être de mettre une fortune pour chaque chose, ça n'a aucun sens de souhaiter perdre autant de temps et d'argent à tout remplacer.

Tout à mon exercice d'intendance imaginaire, en pleine nuit d'été caniculaire, je tourne et me retourne dans mon lit sans que la pièce ne réussisse jamais à se rafraîchir, malgré la fenêtre grande ouverte, sous les commentaires enjoués des crapauds qui au loin, dans les bassins de l'usine de traitement de l'eau, s'épuisent en danses nuptiales jusqu'au petit jour.



L'air est figé, strié par les souffleries de quelques climatiseurs, fendu par moment par le moteur d'un véhicule qui démarre à l'angle du jardin des près mignons. Soudain une poubelle est traînée. Ses roues en plastique font un bruit très distinctif sur le bitume et m'alerte immédiatement. L'heure n'est pas du tout celle des éboueurs et le bruit provient de l'allée qui traverse la pelouse derrière l'immeuble.

Je me lève et aperçoit les ombres de quelques individus croyant œuvrer discrètement à leur plan délictueux.

Il s'agit d'un grand container avec un couvercle. Les maigres silhouettes le poussent loin du gymnase pour le poster à côté de la table de ping-pong en béton qui borde le city parc. Ils l'ouvrent, arrosent son contenu d'essence à briquet et y mettent le feu avant de le refermer brutalement. 



Ça change un peu, d'habitude ils font brûler des palettes et des pneus sur le parking de l'épicerie solidaire.

À deux reprises ils vont rouvrir le couvercle pour vérifier que le feu à bien pris, et par deux fois ils se brûlent les mains et manquent de peu d'enflammer leurs cheveux. Puis ils renversent d'un coup en arrière le container et s'enfuient.

Ils tourneront une demie heure dans le quartier sans qu'il ne se passe rien. Tantôt observant de loin et dans l'ombre leur méfait qui fond sous la chaleur et dégage une fumée noire, tantôt errant dans les allées autour des immeubles en quête d'une autre conquête inflammable.



Ce sont des jeunes du même âge qui arriveront plus tard et qui donneront l'alerte. Deux d'entre eux attendront la police et les pompiers, un troisième partira en scooter pourchasser les pyromanes. Je ne comprends pas ce que ces gamins font dehors en pleine nuit à plus de trois heures du matin.

Avec cette histoire de feu, la température n'a pas vraiment baissé. Toute la chaleur des combles descend dans l'appartement. L'air dehors est frais passé l'encadrement des ouvertures, mais le plancher, les murs et le plafond diffusent dans toutes les pièces des couches chaudes et sèches qui font barrage au moindre filet de brise.

Je me glisse sous mon drap, éteins la lumière, ferme les yeux et attend le jour. Les minutes s'égrènent, comme un robinet qui fuit, roulent le long d'une pente douce. Demain le réchauffement climatique démontrera encore toute sa réalité déjà commencée. Dans l'indifférence générale, internationale. Sous un autre climat, celui de tensions sans cesse augmentant, de bêtise crasse applaudie, d'impunité contagieuse qui dominent le champ et laissent peu de lumière à celles et ceux qui voient le monde autrement.



Désormais vivre ce n'est plus avancer, c'est glisser, c'est descendre.

Glisser sous la serviette éponge au dessus d'une infusion d'eucalyptus pour soigner la sinusite que j'attrape à dormir sous une fenêtre ouverte, glisser sous une douche froide pour calmer les impatiences dans les jambes, glisser les pieds sur le carrelage d'une pièce à l'autre à la recherche du sommeil.

Descendre d'un bus où il fait 40 degrés et qui offre un nettoyage exhaustif et collectif de la peau, descendre les volets pour barrer des vitres le soleil, descendre du lit pour espérer un peu de fraîcheur à dormir par terre, descendre le volume de la musique dès que je crois entendre un bruit suspect.



Glisser du lit, descendre un litre d'eau, glisser la vaisselle propre dans la console, glisser le linge sale dans la machine, descendre le stock de mouchoirs à se moucher sans arrêt, glisser sous la douche avant de descendre les cinq étages, glisser dehors en descendant la poubelle, puis glisser dans la fournaise d'un bus bondé pour descendre faire des courses en glissant dans les rayons après avoir descendu un café à la galerie commerciale en regardant les gens qui glissent sur les escalators.

Quelques jours plus tard, à deux rues de mon immeuble, cette fois c'est une voiture qui sera réduit en cendres.



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Le lyrisme du robinet


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Ne rien avoir à faire... Ou plutôt ne trouver de bonnes raisons pour faire... à rien. Être fatigué aussi... de faire mais pour rien.
Alors s'occuper d'un rien.



Évidemment cela n'a sans doute aucun rapport, mais depuis qu'on a installé une vmc dans l'immeuble, qui a entraîné plusieurs jours de grands coups de marteaux pour démolir l'intérieur du conduit d'aération passive, le robinet d'eau froide de la cuisine chante... Du moins il vocalise. Un sample est écoutable d'un [ clic ici ].

Soit un nouveau son à ajouter à [ mon bilan des bruits ].



Il ne le fait pas spontanément, seulement si on l'ouvre en même temps que le robinet d'eau chaude. Ou bien lorsqu'on fait couler de l'eau depuis la salle de bain. Alors il se met à fuir et à entonner la Casta Diva de la "Norma" de Bellini.

En beaucoup moins mélodique, on doit le reconnaître... mais d'une intention tout autant mélodramatique.

Et ce chant improbable accompagne les tâches afférentes aux préparations des repas, au rangement des courses, au nettoyage de la cuisine, bref, mon quotidien et sa vacuité chronique.



Chaque jour j'avance sur un chemin dépourvu de destination. Pour mettre alors entre parenthèses mon cerveau sans cesse préoccupé par cette vie précaire, qui ressasse indubitablement la durabilité de ma situation économiquement non-viable, après avoir rangé la cuisine et fait la vaisselle, je procède à l'essuyage exhaustif des surfaces, et notamment de l'évier.

Je fais la même chose dans la salle de bain après la douche, je passe l'éponge sur le carrelage, la baignoire, le lavabo...

Mais l'évier exige un peu plus de technicité, et donc d'attention. Comme il est en inox, la moindre goutte d'eau séchée laisse une trace et donne un aspect sale à l'ensemble. Il s'agit donc de l'assécher à l'éponge puis de le lustrer à la microfibre, comme une carrosserie.



J'essuie les bacs, leurs rebords, et bien sûr le plan strié sur lequel est posé l'égouttoir. Et puis le carrelage. Toute l'opération requiert une certaine dextérité.

Par exemple, le coin où sont disposés les petites bouteilles du liquide vaisselle et du savon oblige une puissante souplesse de la main qui les attrape et les tient en l'air, malgré leur tendance fâcheuse à la consistance glissante, pendant que l'autre main, armée de l'éponge et avec une efficace rapidité, essuie dessous d'un coup franc avant de vite donner un coup de main à la première main d'où les bidons s'exfiltrent déjà sournoisement.



Mais le plus délicat reste encore le dessous de l'égouttoir.

Fraîchement rempli de vaisselle propre encore ruisselante, là il est nécessaire de faufiler une main puis l'avant-bras pour réussir à couvrir toute la surface, jusqu'au mur carrelé, sans risquer de soulever malencontreusement le totem de verres, de mugs, de bols, d'assiettes et de casseroles dressé juste au dessus, et de provoquer sa fracassante dégringolade. Et ça plusieurs fois avant d'arriver à faire briller toutes les cannelures qui drainent l'eau tombant en cascades et qui laisse en séchant de disgracieuses marques de calcaire grisâtre.



Toute à cette acrobatie ménagère, mon inquiétude perd alors de sa vigueur. Elle se disperse, empruntant le chemin des filets d'eau, s'étirant et affluant de l'éponge vers le fond du bac, s'agglomérant une seconde au détour d'un rebord, puis de rivière en confluent, forme un lac, s'éparpille à la mesure du barrage qui inonde un faux plat, s'écoule en suivant un dévers, pour finir par s'évaporer en mille filaments dans l'abîme des trous de la grille de la bonde.



Chaque boursouflure aqueuse annihilée du champ inoxydée est une victoire sur le champ de bataille de mes pensées circulaires, de mes réflexions angoissées, et sur la fatalité du taux de roches sédimentaires charriées dans les tuyaux par la ressource municipale. L'aspect lisse de l'élément métallisé, aménagé sur un placard pour ajouter au confort de l'eau courante, écorne les aspérités sur lesquelles s'égratignent à chaque instant mon ouï.

La maîtrise de ce sur quoi chez moi se posent mes yeux pour tenter d'étouffer partout autour le contenu sonore des occupations des autres qui s'impose à l'ouverture de mes oreilles.

La qualité de locataire est un abus de langage en ce qui me concerne. S'ajoute d'autres statuts. Témoin journalier du manque de pudeur des unes et des uns, auditeur involontaire des incivilités des autres, spectatrice assignée aux activités de toutes et tous, quand personne, jamais, ne s'inquiète du dérangement qu'il provoque. Cernée que je suis par un lot d'ahuris qui s'en tamponnent le coquillard, se moquent comme de leur première verrue de l'intimité que tout mon corps réclame et qui, à défaut, s'échine à frotter un évier pour lui faire oublier à lui-même où il est, et la misère dans laquelle il se refuse à mourir.



Presser la mousse synthétique pour en extraire tout le jus absorbé et le précipiter vers le tout à l'égout, rincer la microfibre aux hurlements de l'arrivée d'eau fraîche, jouer les sons d'agonie de mon désir de trituration, d'écrasement, d'asphyxie, d'expulsion, d'évacuation. Par l'éponge combler ma carence en moyens, ceux qui permettent la fuite, qui rendent libre de s'échapper et d'atteindre la beauté du silence et de la quiétude.

Apaiser les cris de mon cerveau par ceux du robinet. Et par le tableau immobile de l'immaculé reflet froid de la lumière du nord sur la vasque grise.



Lorsque l'eau en a tout à fait été bannie, le tumulte retombe comme une radio qu'on éteint. Et ma crispation est juste un peu moins intense. Par un enchaînement de gestes automatiques, je range alors l'éponge dans sa corbeille ventousée au carrelage, la microfibre à son crochet collé, et je m'essuie les mains au torchon pendu à la gazinière.

Les pieds nus sur le tapis, en dénouant mon tablier de mes doigts encore humides, mon regard englobe toute la pièce, se heurte à la dureté pâle des murs qui m'entourent, et déjà ma pensée est prise en otage par le concert d'un chien qu'on engueule, par une brosse qu'on cogne avec entêtement sur la céramique des toilettes, par un gamin qui court, qui tombe et pleure. Et là, sans avoir à scruter la pièce durant de longues secondes, mes yeux échouent à chaque fois sur un verre ou un petit bol laissé sale sur la console juste derrière moi.



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Mourir de rire


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

C'est lui que j'ai entendu le premier, le voisin du dessous. À peine deux jours après mon emménagement, en fin d'après-midi, j'entends soudain de la musique de variétés jouée depuis mon plancher. C'est sans doute la seule fois de ma vie que je n'ai pas hésité une seule seconde avant d'aller réclamer à un voisin qu'il tienne compte de ma présence.



Je suis descendue par l'escalier, j'ai frappé, un peu attendu, puis la porte s'est ouverte sur un homme plus petit que moi, chauve, bien enrobé, portant lunettes métalliques sur un visage insignifiant, au regard vide et à la voix extrêmement fluette. Je me suis alors légèrement détendue, j'ai même souri, et je me suis présentée avant de lui demander poliment de baisser le volume de sa chaîne. Il n'a pas rechigné, s'est même excusé.

Le lendemain, cependant, à la même heure, je devais déjà redescendre, cette fois excédée, pour taper lourdement à sa porte. J'étais tellement en colère que je n'ai d'abord pas dit un mot. Mes jambes tremblaient. Je venais de passer dix ans dans une très grande ville à subir les nuisances multiples d'un voisinage odieux, témoin malgré moi de la détresse sociale, de violences conjugales, d'abus de confiance, de maltraitance, de bagarres de rue, d'incivilités de toutes sortes. J'avais tout juste réussi à m'extirper de ce passage, et je réalisais que, finalement, rien n'allait jamais cessé.



Face à ce nouveau voisin, et à l'avenir qui se profilait comme identique au passé, le souffle coupé, je réitérai en balbutiant ma demande de respect, et contre toute attente, je n'eus plus à intervenir. Ce qui pour autant n'en a pas moins contredit mon pressentiment.

Car très vite après la réussite de cette entente à l'amiable, le bruit que j'avais fui de la grande métropole, celui qui cogne sournoisement dans le diaphragme, qui agrippe le ventre, crispe la mâchoire et raccourcit la respiration, ce sont les autres locataires, à tous les étages ou presque, qui se sont appliqués à le provoquer. Avec zèle. Disputes, cris, dégringolades, poursuites, hurlements, claquements, pleurs...

Le seul qui se marre dans cet immeuble, c'est mon voisin du dessous.



La configuration aurait pu inciter tout le monde à un peu plus de savoir-vivre qu'en règle générale, mais il n'en est rien.

En effet, la structure de l'immeuble est tellement mal conçue qu'elle agit comme une caisse de résonance et transmet toutes les vibrations. Des fondations en béton armé aux cloisons en briques creuses, en passant par la cage d'escalier en parpaings, les sons se propagent dans toutes les directions. Un bâtiment tendu comme la peau d'un tambour, jusqu'à donner la sensation d'un édifice en équilibre qui tangue lorsqu'il subit la force d'une violente tempête.

Du coup, quoi qu'on fasse, même si en faisant attention, comme mon voisin du dessous, cela rend les lieux clairement plus supportables, impossible de préserver une complète intimité. L'immeuble nous trahit. Chaque jour un peu plus, on perçoit les autres. Ainsi, lui et moi, on s'entend vivre. Du moins c'est surtout aux aurores, depuis mon lit, à moitié aspirée encore par mes rêves, que je peux être témoin auditif de son rythme quotidien.



Se levant très tôt, à cinq voire quatre heures du matin, je l'entends qui s'extirpe de son sommier à ressorts dans des craquements grinçants, ouvrir le cliquetis de son volet roulant, puis parcourir son logement, durant plusieurs dizaines de minutes, durant des heures certains dimanches, dans une succession d'allées et venues, avec ses savates qui claquent. Je l'imagine aérer et faire son lit, ranger des vêtements, faire la poussière, balayer, plier du linge. Parfois s'élève le son fondu et nasillard d'une radio qui débite son flot continu d'infos préformatées.

Puis les savates s'éloignent et le calme retombe. Sans doute rejoint-il sa cuisine pour y manger à sa table en formica des tartines beurrées avec un large bol de café noir. Parfois, alors que le sommeil m'enrobe à nouveau dans l'inertie moelleuse de mon oreiller en plumes, tombant comme une feuille à l'automne, soudain claque un larynx qui se contracte, se tord sous de violents spasmes, échappe les râles d'une gorge qu'on racle et des salves de gargouillis.

Un jour j'ai d'abord cru qu'il faisait une attaque, puis une crise d'asthme. Plus tard dans la journée, je lui ai même amicalement glissé dans sa boîte aux lettres une liste d'huiles essentielles susceptibles de le soulager. Qu'il a promptement remis dans ma propre boîte, un peu chiffonnée... Quelle andouille je fais.



Au fil du temps, j'ai fini par envisager que cet homme souffrait d'une maladie professionnelle. Atteinte des voies respiratoires ou du foie. Empoisonnement par une exposition prolongée à des composés toxiques. Ou bien, certains soirs, est-il un peu trop amateur d'alcool ? Combien de fois ai-je sursauté au bruit mat d'une bouteille qui tombe et roule sur le plancher. À moins qu'il soit en proie à un stress intense, juste avant de partir à son travail, renvoyant son petit déjeuner dans le sens inverse, plié en deux au dessus de son lavabo, l'acidité abîmant ses cordes vocales.

J'ignore tout à fait de quoi il retourne en réalité. Et je dois d'ailleurs reconnaître que ces épisodes se produisent maintenant de plus en plus rarement. Peut-être l'effet d'une prescription adaptée, ou l'origine du stress qui a disparu. Cependant sa voix reste étouffée, haut perchée et légèrement cassée, lorsqu'en se croisant il me salue.

Souvent, quand c'est à la nuit tombée, ces yeux alors écarquillés, presque aucun son ne sort de sa bouche. Je crois que de m'entendre circuler dans les communs sans éclairage, ayant pris l'habitude de ne jamais allumer la minuterie, le déconcerte au point de me soupçonner des origines slaves et un lit cercueil.



Ce locataire, célibataire, aux journées réglées comme du papier à musique, écoutant tous les lundis en fin d'après-midi la sélection musicale proposée par un magazine culturel auquel il doit être abonné, ronflant la nuit comme une forge, passant chaque fin de semaine dans un logement pris en sandwich entre de multiples vacarmes, a la politesse et l'humeur égales.

Par le conduit d'aération passive dans les toilettes, si le hasard fait que nous nous trouvons superposés, chacun dans la même pièce, lui et moi contraints à la même nécessité biologique, je l'entends parler tout seul.

Sollicité par de très rares visites, jamais en soirée pour un apéritif ou un dîner, jamais, ne se démarquant par aucun éclat, ce petit homme sans relief, ce voisin qui me salue avec le timbre de Nana Mouskouri, met tous les matins ses lourdes chaussures de sécurité avant de partir pour toute la journée, quelle que soit la couleur du ciel.

Et chaque soir, revenant de l'épicerie avec du pain, il monte les étages, tourne silencieusement la clé dans sa porte et, après avoir tourné un peu dans son logement, pris une douche, enfilé ses pantoufles et peut-être quelque anxiolytique, une fois bien installé devant sa télévision, il rigole.



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