Le cacao de la médiathèque


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

À croire que le bruit est mon obsession. Ceci dit, il faut bien reconnaître que dans le monde d'aujourd'hui, le silence est un luxe que peu d'entre nous a les moyens de s'offrir, autant que la douce et harmonieuse vue d'un paysage naturel.



Pour échapper à l'épuisement que suscite chez moi le bruit dans mon appartement, je sors. Je vais dans un café, ou plus fréquemment à la médiathèque.

Pourtant, dehors le bruit est aussi au rendez-vous. Le bruit et l'odeur...

Quand on se déplace exclusivement à pieds et en bus, les oreilles et le nez mangent en continu du klaxon, des sirènes, du pot d'échappement débridé, comme des particules fines de diesel, de l'haleine à la mauvaise bière et du tee-shirt synthétique saturé de transpiration.



Même dans des lieux dédiés au calme et à la concentration comme la médiathèque, peu d'usagers ont l'intelligence du savoir-vivre qui incite à parler en chuchotant, à porter une chaise plutôt que de la traîner, à éteindre la sonnerie de son téléphone et à éviter d'y répondre quand il se met à grésiller à tue-tête "Il tape sur des bambous et c'est numéro un...."

De mon point de vue, la médiathèque de ma ville est également un bâtiment très moche.

Toutes ces surfaces de béton comme autant d'aires stériles me dépriment. Cet édifice gagnerait en chaleur s'il se parait de persiennes en bois et de matières végétales. Tant de techniques maîtrisées aujourd'hui permettent de climatiser et orienter le soleil qui frappent trop directement une baie vitrée, mais aussi de verdir en verticalité, d'étoffer les façades de chlorophylle, d'épaissir leur surface de tiges et cuticules, de feuilles persistantes et autres lignines enracinées, d'orner d'arabesques et de guirlandes vivantes, bigarrées, panachées et convolutées.



Cependant à l'intérieur l'accueil est moins catastrophique.

Bien qu'il manque un peu partout de tables et de chaises, et que le rez-de-chaussée où loge le comptoir de l'Artothèque serait idéal pour y disposer un vrai café, l'endroit cependant apporte quelques compensations pour qui cherche un refuge pour étudier, lire, s'informer, jouer, méditer, surfer sur le net, écouter de la musique, et même déjeuner sur le pouce, socialiser...

Bref... se changer les idées.

En fait, en ce qui me concerne, je distingue cinq bonnes raisons d'aller à la médiathèque.



➊ L'absence de distraction ménagère

En dehors de chez soi et loin de son frigo, entouré de livres et de journaux, point de diversion du type couche de poussière que l'on aperçoit soudain sur ses étagères. Extraite de mon habitat et de ses distractions intempestives, postée à une table dans un décor qui n'est pas le mien, le moment dont je fixe seule la durée se prête plus facilement au détachement et au travail intellectuel.



➋ Le spectacle de la rue et des gens

Sans conséquence sur la concentration, pouvant même au contraire favoriser l'assimilation et l'imagination, si l'on a une place assise près d'une baie vitrée, on peut poser son regard un instant sur un reflet de soleil dans une chevelure, un nuage qui s'étire, la fenêtre de l'immeuble d'en face qui s'ouvre. Puis on revient à son ouvrage, les neurones quelque peu réactivés.

De même à l'intérieur de la médiathèque. On regarde les choses s'égrener autour de soi, un visage centré sur une copie qu'un stylo noircit, des doigts qui dansent sur un clavier, des lèvres qui effleurent le titre d'un livre survolé. Dehors et dedans, voir le flot et le flux des choses avec la jouissance de n'y prendre aucune part.



➌ L'unité de temps

Cette posture d'ailleurs donne au temps un tout autre rythme. Soit qu'il accélère follement quand on est pris par un sujet, plongé dans des ouvrages et des prises de notes. Soit qu'il freine soudain de ses grands pieds - oui le temps chausse grand - et s'effiloche en de multiples secondes suspendues au geste d'un enfant, à l'œil malicieux d'un joueur d'échec, à la bouche crispé d'un buveur de café brûlant, à l'élégance d'une grande femme aux cheveux blancs qui traverse le hall, à une main qui se glisse dans un chignon.



➍ Le hasard de la convivialité

Dans le hall, plusieurs tables, hautes et basses, fauteuils et canapés sont disponibles pour se détendre. Rien n'empêche de s'y installer également pour travailler, mais dans ce cas, il faut être dans de bonnes dispositions quant à cette tendance attachée au lieu qui porte les gens à la curiosité et à entamer facilement avec vous une conversation. La disponibilité s'impose pour la rencontre. Pour aborder le sujet de la couverture du magazine que vous lisez, de la climatisation toujours un peu trop froide, de la pluie qui commence à tomber, du livre et du cahier ouverts qui trahissent à la vue de tous l'objet de votre étude, ou de la monnaie qui manque pour une barre de chocolat.

➎ Le cacao liquide

En parlant de chocolat, dans ce même hall est à disposition un distributeur de réconfort, sous forme de caféine principalement, mais aussi de différents thés et d'une préparation industrielle déshydratée appelée "Cacao fort" à laquelle va ma préférence. Tout à fait mousseux, parfumé mais pas trop sucré, c'est une douceur liquide et veloutée que je recommande chaudement.



DClassé dans : Ma ville ,Mots clés : Bruit, Autonomie, Savoir-vivre, Couleurs

Une vie Kufuu dans une cité HLM


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Dans ce blog garanti de première fraîcheur, il y sera humblement question de la pratique de la ville en tant que piéton, de l'abandon d'un quartier dédouané par quelques réfections cosmétiques, des nuisances sonores, des pollutions visuelles, de l'incivilité, d'un manque de culture et d'éducation qui se généralise, de l'oisiveté, de la solitude et de la pauvreté.

Mais aussi de la créativité qu'obligent les limites de cette dernière, de la liberté, des choix et de l'invention d'un autre quotidien. Pour vivre avec peu mais vivre bien, dans mon corps et dans ma tête, pour bien vieillir, et peut-être même rajeunir...

À l'instar des blogs et moult chaînes de récits de voyages, de vie à l'étranger ou de métiers de rêve, peut-être pourrais-je vous procurer autant d'évasion depuis mon trois pièces de fortune, au travers les aventures qui jalonnent mon parcours de locataire d'une barre HLM, dans une ville moyenne de province française, sur un chemin sans emploi et sans avenir, mais avançant cependant chaque jour vers une destination indéfinie.



Tout à fait mue par l'art du _Kufuu_, ce minimalisme Zen qui aspire à faire avec ce que l'on a sans chercher à acquérir, je raconte ici un mode de vie positif et éthique, un angle de vue de la simplicité, de la frugalité et de la solution aux besoins grâce à l'ingéniosité. Aussi incertain que cela puisse paraître, la quête du sans détour et le quotidien du minimum sont source d'étonnement et de distraction. J'espère réussir à le partager.

Je n'ai aucun plan, aucune méthode et rien à vendre.
Ces billets sont un modeste journal indépendant où vous êtes chaleureusement les bienvenues. Ici les commentaires sont fermés, préférant vous retrouver sur les réseaux sociaux dont vous trouverez les liens dans la barre latérale.

Et pour commencer, laissez-vous guider :

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Topia


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Voici le dernier texte rédigé pour mon blog Abordo, créé pour la campagne présidentielle de 2007, et fermé après la réélection de Juppé à Bordeaux, fraîchement revenu du Québec, un an après plusieurs condamnations dans différentes affaires judiciaires. De ce blog il ne reste que quelques _traces sur la toile _. Seul ce billet avait été conservé dans mes archives. Le voici à nouveau sur la toile, car je reste fidèle au mode de vie qu'il décrit.

Son but était de créer des petites villes autonomes.
Assurément des endroits agréables pour des gens dociles n'ayant pas de projets personnels et à qui il était égal de passer leur vie en compagnie d'autres gens n'ayant pas non plus de projets personnels. Comme c'est de règle dans les utopies, le droit d'avoir un projet de quelque importance revenait aux seuls urbanistes officiels.

Jane Jacobs - Déclin et survie des grandes villes américaines
A l’opposé de cette utopie institutionnelle, le fait de tenir compte de la réalité, de l’état du monde, des contraintes qu’il impose et de ses implacables limites est une base tangible pour s'engager, par bon sens, sur des chemins de traverses, pour des projets personnels porteurs d’un changement radical de mode de vie, et par extension de paradigme.

Le champ du quotidien est une quête d'un milieu acceptable. Il offre un terrain à explorer sans modération pour des actions constructives. C’est un laboratoire d'expérimentations d'alternatives, simples et concrètes, de solutions aux besoins trouvées grâce à l'ingéniosité, avec ce que l'on a, sans chercher à acquérir.

C'est ce que les Japonais nomme "kufuu", terme à consonance positive et éthique _工夫_.
C'est ce que j'appelle la Topie.

Topie
Nom féminin - Antonyme d'utopie en cela qu'elle désigne une alternative immédiatement applicable en tout lieu.

Écotopisme
Mouvement de la topie visant à respecter la planète et les êtres vivants, à préserver ou à restaurer l'environnement et la biodiversité, à agir en cohérence avec ces idées par une approche concrète.

Écotopiste
Personne qui applique à lui-même les mesures à sa disposition pour son bien-être, celui de la planète et dans l'intérêt général.



Ainsi l'écotopiste s’adapte aux moyens mis à sa disposition. Son esprit s’applique à une constante ouverture afin d’être capable de changer à volonté d’angle de vue, pour mieux englober le sujet, envisager toutes les options, sans se défaire de ses objectifs.

Curieux mais clairvoyant, il lui tient à cœur de rester toujours vigilant, en accord avec une certaine idée du monde. Car il adhère totalement aux principes de l’écologie, de l'éthique solidaire et de la protection animale. Les choix de l'écotopiste doivent être fondés.

Il circonscrit ses besoins. Il prend la mesure de la subversivité de la gratuité. Il sait valoriser, donner, échanger objets et compétences, en cela être acteur d’une économie de réciprocité. Il manifeste une forte propension au bricolage, au recyclage et à la reconversion du matériel et autres outils qui sont à sa portée. Son souci est celui du pragmatisme et de l’économie au sens strict de l'épargne dans la dépense.

Il développe ou acquière une aptitude à l’expérimentation, à l’apprentissage continu, autonome et empirique, autant intellectuel que pratique. Pour se garantir autant qu'il se peut une vie saine. Fort de l'expérience des améliorations qu’il apporte pour son propre bien-être et de la responsabilité de ses actes qu’il endosse librement, il a le goût de la pédagogie.

Les efforts ainsi nécessaires à une consommation raisonnée et responsable sont pour lui inscrits dans son quotidien. Peu avare de son temps et pourvu d’un bon sens de l’analyse, il sait s’informer, se documenter, et en temps utile connaît ses droits. Il écrit, partage et confronte sa réflexion. Il comprend l’intérêt de la libre circulation des œuvres, des outils collaboratifs et ouverts, du caractère décentralisé du réseau Internet.

Inventif et affranchi dans des domaines divers, il est enthousiaste.

Il aime la discrétion et n’adhère à aucun code vestimentaire. Il exclut les marques de son vocabulaire et de ses placards. Il soustrait les logos pouvant être visibles. Il préfère les équipements et les vêtements de seconde main.

Il recherche l’équité et s’applique à savoir vivre en bonne intelligence.

Profondément dans son époque, il se défait du préfixe réducteur qui le désignait con par défaut et se proclame simple sommateur. C'est à dire messager d'une mise en demeure. Dans un système entièrement voué aux profits, à la violence et à la destruction, il s'applique à ne jamais perdre de vue l’amplitude des actions immédiatement à sa disposition et à en prendre les droits de gestion. Il a l’ambition d’une entité autonome, doté d’une marge de décision sur une vie sciemment frugale, humble et écotopique.
Le talent, c'est d'avoir envie.

Jacques Brel


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