Tout allant vert


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Il n'y a pas de terme pour désigner mon mode alimentaire. Je mange selon des choix qui résultent de mon parcours, de mes problèmes de santé, de mes lectures, de mon expérience après quatre années de végétalisme sans gluten, et de mes moyens rudimentaires. Aujourd'hui je pense ne toujours pas savoir exactement ce qui est idéal, si ce n'est qu'à mon sens les extrêmes sont mauvais. En même temps, c'est une histoire personnelle. On a tous un métabolisme différent, chacun a la liberté de choisir ce qui l'aide à se sentir bien.

Pour ma part, pour des raisons de considération pour la vie animale, je n'ai donc plus du tout mangé de viande durant plusieurs années. J'ai arrêté aussi les œufs et les produits laitiers. Tout ce que j'ai pu lire au sujet des protéines animales et végétales se contredisait en permanence. Pas moyen de savoir qui était dans le vrai. Ce qui est sûr, c'est que manger trop de viande est néfaste pour la santé et l'environnement, et particulièrement épouvantables pour les animaux élevés en batterie, par une industrie agro-alimentaire obsédée par les profits à court terme, et absolument insensible au vivant.



Si j'ai complètement exclu le gluten, c'est parce qu'il m'a rendue malade. Toutes les fortes douleurs digestives, les crampes musculaires et la fatigue chroniques, la baisse de la concentration et de la mémoire, les migraines, un cycle menstruel long et pénible, les dermatoses, et en particulier sur une main qui a fini par être handicapante, avec des démangeaisons absolument atroces, tout ce bazar de peines en tous genres a disparu avec l'arrêt du gluten. Ou presque.

Son exclusion a été un remède, mais n'a pas fait de miracle. Sans doute parce que tous mes problèmes ne dépendaient pas uniquement de ce que je mangeais. Et il semblerait que devenir végétalienne quand on a un syndrome de l'intestin irritable, ce n'était pas la meilleure idée du monde. Avec les infos que j'avais à ce moment là, j'ai cru que je trouverais tout ce dont mon organisme a besoin dans les végétaux, et pour les protéines en particulier, dans les céréales et les légumineuses. Mais ces dernières n'ont jamais cessé d'être assez difficile à digérer.

Comme quoi le végétalisme n'est pas un mode d'alimentation universellement salutaire.



Alors depuis quelques semaines je revoie ma copie. À mon grand regret pour toutes les bestioles qu'on élève juste pour les manger. Car la viande, le poisson et les œufs contiennent des acides aminés indispensables à une bonne constitution de la paroi intestinale, notamment la glutamine, qui intervient dans le fonctionnement des cellules des villosités, ces excroissances microscopiques de la muqueuse qui jouent le rôle essentiel du tri et de l'assimilation des micro-nutriments vers le sang. Paroi qu'endommage justement le gluten en rendant ces cellules déficientes, on dit perméables. Ou tout du moins il aggrave le problème si le stress ou un choc émotionnel a commencé à faire des dégâts. Ce qui est mon cas. Et ces acides aminés, on en trouve certes également dans les légumineuses, mais elle y sont apparemment en trop faible quantité.

Car après quatre années de végétalisme sans gluten, un mal être persiste. Ça déconne toujours au niveau digestif par exemple, telles que des lourdeurs après manger et un gonflement général, mais aussi au niveau immunitaire, circulatoire et hormonal, je pense, qui se manifeste par de l'eczéma, de l'urticaire, de l'acné, une rougeur chronique et des démangeaisons au visage, des jambes douloureuses, des impatiences... Enfin bref, la liste est encore longue. Il fallait comprendre ce qui manquait. Et je me suis demandée ce qui était le plus judicieux : se priver de nutriments essentiels mais manger bio et éthique ou... s'adapter intelligemment et être en meilleure santé ?

C'est ainsi que j'ai réintroduis en petite quantité certains produits animaux au quotidien. Les végétaux restent ma base, mais plus forcément tous bio pour pouvoir m'offrir, avec mon budget hyper restreint, plus de variété et de quantité. Les œufs sont revenus, ainsi que le yaourt et le fromage, mais au lait cru, sans présure, et seulement au lait de chèvre ou de brebis. Je prends aussi un complément d'huile de foie de morue l'hiver, afin de pallier à une carence évidente en vitamine D et en acides gras essentiels. Enfin je remange occasionnellement du poulet ou du poisson. J'achète bien sûr tout cela quand c'est labellisé AOC, Label Rouge, Bleu Blanc Cœur, voire Écocert quand le prix n'est pas rédhibitoire.



Du coup, pour des questions d'argent justement, j'ai été obligée d'élargir les adresses où je faisais mes courses. Car jusqu'ici j'achetais tout bio et dans le même magasin. Quand je dis tout, c'était vraiment tout, jusqu'aux éponges et aux allumettes. Ce qui, lorsqu'on ne mange pas de viande, ni de fromage, et que l'on cuisine absolument tout soi-même, malgré de petits revenus, est jouable.

Donc cet été, j'ai découvert l'offre des fruits et légumes bio *et* pas bio en supermarché, un endroit où je n'avais plus mis les pieds depuis belle lurette, ou alors à la sauvette... Depuis plus de six ans en fait. Et j'ai vu le choix hallucinant qui est proposé. Du coup j'ai fureté dans les autres rayons, parmi lesquels on trouve souvent un tout entier consacré au bio. Mais j'ai aussi vu toutes sortes de produits écologiques dans le non-alimentaire, comme les mouchoirs, le savon, le liquide vaisselle ou même encore de la terre de sommières ou de l'acide citrique.

Je dois l'avouer quand même, côté budget ça commençait à coincer méchamment. Dans ce magasin bio où j'avais mes habitudes, les prix augmentent sans cesse. Et au niveau du choix et de la qualité, au fil du temps ça s'est pas mal dégradé. Là où on s'attendrait à trouver moult variétés et diverses productions de culture rustique, d'origine locale et cueillies à maturité, puisqu'on est dans une optique de préservation de la biodiversité et d'éthique, c'est tout le contraire. Je n'ai jamais autant mangé la même chose tous les jours depuis que je m'approvisionnais là-bas. La même salade de feuilles de chêne, les mêmes carottes en botte avec des fanes à l'agonie, les mêmes pommes de terre farineuses, les mêmes bananes vertes et les mêmes avocats tout durs qui coûtent un bras... Il y a de quoi en conclure que les clients des magasins bio, paradoxalement, mangent peu de végétaux. D'ailleurs, si on regarde bien, on y trouve surtout des farines, des pâtes, des flocons d'avoine et du chocolat à tartiner.



Je regrette vraiment de ne pas avoir été assez curieuse plus tôt, j'aurais fait de grosses économies. Mais mes scrupules m'en ont dissuadée, convaincue que j'étais de la valeur de ma démarche. Or c'était être dans une forme de déni, quoique relatif, mais tout de même. Car l'esprit des magasins bio a beaucoup changé. Les prix restent définitivement trop élevés, les remises sont rares et ridiculement basses, sur des produits déjà bon à jeter. Et le choix, j'insiste, est nettement insuffisant. Je me souviens de la tête de la vendeuse quand je lui avais demandé il y a quatre ans si l'on pouvait commander des graines de Chia. Elle m'a demandé trois fois de répéter le mot Chia. Finalement elles sont arrivées cette année, à côté du cacao cru, des baies de Goji et de la farine de bambou. Évidemment à un prix prohibitif, et seulement parce que c'est devenu une tendance.

Il faut voir les choses en face, globalement leur politique commerciale est à présent identique à celle de la grande distribution, et leurs engagements de plus en plus à géométrie variable. Par exemple le hors saison se pratique aussi, dans une certaine mesure, comme des tomates provenant d'Espagne en plein mois de mai. C'est en tous les cas l'habitude du magasin où j'allais. Sans doute pour attirer une clientèle plus large, objectif apparu comme flagrant quand il s'est installé dans l'enceinte même d'un hypermarché.

De mon côté, enfermée dans mon intégrité, des choses m'ont échappé. Bien que franchement critique vis à vis de ce magasin, j'ai manqué de souplesse et d'ouverture, au détriment de mes besoins propres. Alors depuis peu j'adopte un autre angle, mais à ce stade je ne tire aucune conclusion sur les éventuels bénéfices de ces changements. Le temps doit faire son office. C'est une expérience à long terme, un sujet qui reviendra donc régulièrement ici je pense. Ce que je peux dire pour l'instant, c'est que ma liste de courses est devenue mixte : bio et pas bio, végétale et animale. De très fidèle à une seule enseigne je suis devenue très pragmatique. Et bizarrement, depuis il y a chez moi beaucoup plus de vert, et dans mon assiette bien plus de couleurs.



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Tisane et boyaux


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Imaginez de la glace à la fraise... mais liquide... et à boire... chaude... dans un mug...



C'est l'impression que me donne ces infusions, trouvées au rayon bio du petit supermarché tout à côté de chez moi, de la marque anglaise [Clipper]. Elle propose également une gamme de différents thés, toujours bio, mais aussi équitables. C'est une marque assez facile à trouver en grande surface et vendue à un prix abordable.

J'avais d'abord goûté le mélange citron et gingembre, qui est rafraîchissant, et le "Marchand de sable" qui est doux et bien équilibré, on ne s'en lasse pas. Mais celle dont j'abuse en ce moment s'appelle "Mes belles gambettes", à la fraise et fleur de sureau. D'ailleurs une simple tisane de sureau en vrac est déjà un délice. Mais alors là, j'ai l'impression de boire un dessert à la crème et aux fruits rouges.

Les infusions et les thés verts sont un bon moyen pour moi de boire toute la journée sans que ce soit une corvée. J'avoue avoir des difficultés à sentir la soif. Mais c'est aussi une manière de se soigner en douceur puisque les plantes offrent divers bienfaits, soit détoxifiant, astringent, antibactérien, calmant, drainant, décongestionnant, digestif, ou encore aphrodisiaque...

Boire chaud est également moins épuisant pour l'organisme qui ne perd pas d'énergie à réchauffer le liquide. La boisson devient en un sens plus digeste. C'est un truc qui me réussit plutôt bien, donc j'ai pris l'habitude de remplir un thermos d'eau bouillante dès que je me lève, et l'installe dans le salon sur la table basse, à l'instar d'un rituel bien japonais. Il n'est pas aussi pratique que ceux qu'ils utilisent là-bas, munis d'une pompe, mais il fait son boulot.

Ce qui est chouette aussi chez cette marque d'infusions bio c'est leurs emballages, simples et graphiques, fleuris et colorés. Un gros avantage quand, comme moi, on dispose les boîtes de plantes à thé dans une corbeille, sur la table à côté du thermos. Ça sort vraiment de l'ordinaire, tellement joli que lorsqu'elles sont terminées, j'en fais des marques pages.



D'ailleurs côté lecture et digestion, récemment j'ai dévoré le livre de Giulia Enders [Le charme discret de l'intestin]. On y découvre comment fonctionne notre tuyauterie et c'est beaucoup plus glamour qu'on ne le soupçonne.

Depuis, mon regard a complètement changé sur l'intérieur de mes entrailles. Auparavant j'imaginais un cloaque où s'opérait sans cesse une chimie fastidieuse, un lieu de batailles perdues qui exigeaient un nettoyage régulier. Comme une partie de moi, à l'intérieur, jouant sans cesse contre moi, et qu'il fallait gérer malgré elle, pour son bien, ou plutôt le mien. Ce qui était nettement débile.

À présent je suis réconciliée avec mes boyaux. Ils sont en réalité un moteur essentiel auquel je dois être attentive et respecter les besoins. Ils forment tout un réseau savant, mouvant, où s'opèrent des milliers de réactions moléculaires subtiles. C'est l'antre stérile d'une vie intelligente, sensible, complexe, dans un décor de velours rose. Rien là dedans ne justifie des lavements quand aucune urgence ne l'exige. Tout au contraire.

Un équilibre est à trouver et à maintenir par l'alimentation et le mode de vie, pour favoriser et préserver une flore intestinale capable de filtrer et absorber tous les nutriments essentiels, tout en éliminant les germes et bactéries pathogènes. Dans les intestins s'ébat un microbiote dix fois supérieur au nombre de cellules et s'active un système nerveux aussi complexe que le cerveau. Des neurones communiquent avec l'hypothalamus, via le nerf vague, envoyant dix fois plus de messages qu'ils n'en reçoivent.

Encore un vaste univers au sujet duquel la science commence juste à cerner son ignorance.



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La toue du bus


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Être pauvre et vivre dans un logement déficient entre autres sur le plan thermique, c'est tomber régulièrement malade. D'autant quand c'est l'été et que je me déplace dans les transports en commun dans lesquels le système de climatisation est extrêmement mal réglé, quand il n'est pas complètement éteint. Du moins c'est le cas pour ceux de ma régie municipale.



À l'intérieur d'un engin surpeuplé et propulsé par un moteur qui chauffe les sièges du fond, la température est absolument étouffante quand dehors il fait plus de trente degrés. Au bout de quelques secondes, la peau se recouvre d'une fine pellicule de transpiration sur tout le corps qui, au bout de quelques minutes, commence a dégouliner ostentatoirement le long du dos.

Puis quand vient mon arrêt, je descends du bus dans cet état général d'humidité partiellement absorbée par certaines parties de mes vêtements. Là, la température légèrement inférieure et l'air circulant vont commencer à décoller ces parties de tissu de ma peau. Moment de pure délectation, quoique fugace car très vite j'atteins le but de mon déplacement qui la plupart du temps consiste à faire des courses. C'est que ma ville n'est pas grande et mangeant principalement des végétaux, je dois me pourvoir en denrées très périssables environ tous les deux jours. Ceci dit, je lis et j'écris beaucoup aussi.

J'entre alors dans un établissement commercial, un supermarché ou alors une médiathèque, ou bien un café, et à peine le cadre de la porte franchi, le flux des engins de climatisation saisit mon épiderme encore ruisselant pour le convertir en une chair hérissée de poules éberluées. Puis il se charge instantanément des fibres textiles afin de les transmuter en espaces réfrigérés portatifs suffisamment efficaces pour irradier une crispation du dos de mes genoux jusqu'à ma nuque.

Après ça, évidemment, il faudra pour rentrer reprendre le bus.



À ce régime là, forcément, les jours qui suivent voient apparaître une toue sporadique mais tendant à s'incruster, un nez qui coule puis ne coule plus, préférant carrément se boucher, puis une gorge irritée qui pique beaucoup la nuit, et qui un beau matin fait juste très mal. Ainsi, parfois, je passe progressivement du statut en pleine forme, enfin pas trop mal, à celui de conglomérat cramoisi, oscillant entre l'éternuement, la grimace, l'arrachement de la gorge et le soupir.

Voilà pourquoi en ce moment, en plein mois d'août, je bataille avec une angine. C'est long et fastidieux d'en guérir. Surtout si, comme moi, on a tendance à croire vite fait que ça va mieux, que l'on reprend ses petites habitudes de balade, alors qu'en réalité ça ne fait que commencer. Bingo la rechute. Bonjour les mouchoirs et les litres de boissons chaudes

Ceci dit, depuis maintenant quatre ans que j'ai changé d'alimentation, je tombe bien moins souvent malade. Mais j'y reviendrai. Et puis je me soigne différemment. Je n'ai pas de médecin, il est rare que j'en consulte bien que ce ne soit pas une question de moyens puisque j'ai droit à la CMU complémentaire, et je ne fréquente les pharmacies que pour l'homéopathie. Évidemment si j'ai un doigt coupé qui nécessite trois points de suture, je vais aux urgences. Mais je n'ai consommé aucun médicament depuis environ quinze ans.

Quand je suis malade, je cherche des remèdes naturels et je me fixe sur un rituel. Puis selon l'évolution, j'opère des changements ou tente d'autres formules. Ces jours-ci c'est diffusion d'huile essentielle de Niaouli, inhalation d'eucalyptus, infusion de gingembre au miel de thym, infusion froide de fruits frais avec du citron, gargarisme de vinaigre de cidre chaud et lavage des dents au bicarbonate de soude tout de suite après.

Et puis je reste enfermée. Je fais des siestes, étant donné que je dors très mal la nuit entre la toue, la chaleur, les sueurs, les impatiences dans les jambes. Enfin, le jour aussi ça n'est pas une sinécure. Difficile de s'enfoncer dans le sommeil quand le gamin des voisins de palier passe ses vacances à faire de la trottinette dans leur appartement.



Dans un sens, je peux dire que je sacrifie ma santé à emprunter les transports alternatifs. Bon, il est vrai aussi que dormir dans une pièce impossible à rafraîchir la nuit sans laisser la fenêtre grande ouverte oblige à baigner dans un léger courant d'air. L'atmosphère devient alors très sec et lorsque l'aube pointe, certaines couches, flottant au dessus du lit en nappes, sont presque froides. La solution serait-elle de dormir nu avec une écharpe ?

D'un autre côté, je ne regrette pas de ne plus avoir de voiture. Malgré des véhicules polluants, bruyants, en nombre insuffisant et aux horaires aléatoires, les atouts du bus sont nombreux. Plus de problème de stationnement, plus d'assurance à payer, plus de budget pour l'essence, l'entretien et les pannes éventuelles, plus d'agressivité à subir de la part des autres usagers, plus de moments perdus dans les embouteillages à fixer chaque centimètre d'asphalte à avaler, et passés dans une sorte de tunnel, un isoloir, un sas étanche qui déconnecte du décor, de sa lumière, ses sons, ses odeurs.

Prendre le bus est pour ma part d'abord être un piéton, ce qui suppose une liberté de mouvement et une autonomie subtile qui échappe au conducteur de SUV qui se gare sur les trottoirs. Mais des deux, lequel est susceptible d'arriver à se faufiler entre deux potelets, à un feu rouge et sous la barrière d'un parking ?

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