Tisane et boyaux


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Imaginez de la glace à la fraise... mais liquide... et à boire... chaude... dans un mug...



C'est l'impression que me donne ces infusions, trouvées au rayon bio du petit supermarché tout à côté de chez moi, de la marque anglaise [Clipper]. Elle propose également une gamme de différents thés, toujours bio, mais aussi équitables. C'est une marque assez facile à trouver en grande surface et vendue à un prix abordable.

J'avais d'abord goûté le mélange citron et gingembre, qui est rafraîchissant, et le "Marchand de sable" qui est doux et bien équilibré, on ne s'en lasse pas. Mais celle dont j'abuse en ce moment s'appelle "Mes belles gambettes", à la fraise et fleur de sureau. D'ailleurs une simple tisane de sureau en vrac est déjà un délice. Mais alors là, j'ai l'impression de boire un dessert à la crème et aux fruits rouges.

Les infusions et les thés verts sont un bon moyen pour moi de boire toute la journée sans que ce soit une corvée. J'avoue avoir des difficultés à sentir la soif. Mais c'est aussi une manière de se soigner en douceur puisque les plantes offrent divers bienfaits, soit détoxifiant, astringent, antibactérien, calmant, drainant, décongestionnant, digestif, ou encore aphrodisiaque...

Boire chaud est également moins épuisant pour l'organisme qui ne perd pas d'énergie à réchauffer le liquide. La boisson devient en un sens plus digeste. C'est un truc qui me réussit plutôt bien, donc j'ai pris l'habitude de remplir un thermos d'eau bouillante dès que je me lève, et l'installe dans le salon sur la table basse, à l'instar d'un rituel bien japonais. Il n'est pas aussi pratique que ceux qu'ils utilisent là-bas, munis d'une pompe, mais il fait son boulot.

Ce qui est chouette aussi chez cette marque d'infusions bio c'est leurs emballages, simples et graphiques, fleuris et colorés. Un gros avantage quand, comme moi, on dispose les boîtes de plantes à thé dans une corbeille, sur la table à côté du thermos. Ça sort vraiment de l'ordinaire, tellement joli que lorsqu'elles sont terminées, j'en fais des marques pages.



D'ailleurs côté lecture et digestion, récemment j'ai dévoré le livre de Giulia Enders [Le charme discret de l'intestin]. On y découvre comment fonctionne notre tuyauterie et c'est beaucoup plus glamour qu'on ne le soupçonne.

Depuis, mon regard a complètement changé sur l'intérieur de mes entrailles. Auparavant j'imaginais un cloaque où s'opérait sans cesse une chimie fastidieuse, un lieu de batailles perdues qui exigeaient un nettoyage régulier. Comme une partie de moi, à l'intérieur, jouant sans cesse contre moi, et qu'il fallait gérer malgré elle, pour son bien, ou plutôt le mien. Ce qui était nettement débile.

À présent je suis réconciliée avec mes boyaux. Ils sont en réalité un moteur essentiel auquel je dois être attentive et respecter les besoins. Ils forment tout un réseau savant, mouvant, où s'opèrent des milliers de réactions moléculaires subtiles. C'est l'antre stérile d'une vie intelligente, sensible, complexe, dans un décor de velours rose. Rien là dedans ne justifie des lavements quand aucune urgence ne l'exige. Tout au contraire.

Un équilibre est à trouver et à maintenir par l'alimentation et le mode de vie, pour favoriser et préserver une flore intestinale capable de filtrer et absorber tous les nutriments essentiels, tout en éliminant les germes et bactéries pathogènes. Dans les intestins s'ébat un microbiote dix fois supérieur au nombre de cellules et s'active un système nerveux aussi complexe que le cerveau. Des neurones communiquent avec l'hypothalamus, via le nerf vague, envoyant dix fois plus de messages qu'ils n'en reçoivent.

Encore un vaste univers au sujet duquel la science commence juste à cerner son ignorance.



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La toue du bus


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Être pauvre et vivre dans un logement déficient entre autres sur le plan thermique, c'est tomber régulièrement malade. D'autant quand c'est l'été et que je me déplace dans les transports en commun dans lesquels le système de climatisation est extrêmement mal réglé, quand il n'est pas complètement éteint. Du moins c'est le cas pour ceux de ma régie municipale.



À l'intérieur d'un engin surpeuplé et propulsé par un moteur qui chauffe les sièges du fond, la température est absolument étouffante quand dehors il fait plus de trente degrés. Au bout de quelques secondes, la peau se recouvre d'une fine pellicule de transpiration sur tout le corps qui, au bout de quelques minutes, commence a dégouliner ostentatoirement le long du dos.

Puis quand vient mon arrêt, je descends du bus dans cet état général d'humidité partiellement absorbée par certaines parties de mes vêtements. Là, la température légèrement inférieure et l'air circulant vont commencer à décoller ces parties de tissu de ma peau. Moment de pure délectation, quoique fugace car très vite j'atteins le but de mon déplacement qui la plupart du temps consiste à faire des courses. C'est que ma ville n'est pas grande et mangeant principalement des végétaux, je dois me pourvoir en denrées très périssables environ tous les deux jours. Ceci dit, je lis et j'écris beaucoup aussi.

J'entre alors dans un établissement commercial, un supermarché ou alors une médiathèque, ou bien un café, et à peine le cadre de la porte franchi, le flux des engins de climatisation saisit mon épiderme encore ruisselant pour le convertir en une chair hérissée de poules éberluées. Puis il se charge instantanément des fibres textiles afin de les transmuter en espaces réfrigérés portatifs suffisamment efficaces pour irradier une crispation du dos de mes genoux jusqu'à ma nuque.

Après ça, évidemment, il faudra pour rentrer reprendre le bus.



À ce régime là, forcément, les jours qui suivent voient apparaître une toue sporadique mais tendant à s'incruster, un nez qui coule puis ne coule plus, préférant carrément se boucher, puis une gorge irritée qui pique beaucoup la nuit, et qui un beau matin fait juste très mal. Ainsi, parfois, je passe progressivement du statut en pleine forme, enfin pas trop mal, à celui de conglomérat cramoisi, oscillant entre l'éternuement, la grimace, l'arrachement de la gorge et le soupir.

Voilà pourquoi en ce moment, en plein mois d'août, je bataille avec une angine. C'est long et fastidieux d'en guérir. Surtout si, comme moi, on a tendance à croire vite fait que ça va mieux, que l'on reprend ses petites habitudes de balade, alors qu'en réalité ça ne fait que commencer. Bingo la rechute. Bonjour les mouchoirs et les litres de boissons chaudes

Ceci dit, depuis maintenant quatre ans que j'ai changé d'alimentation, je tombe bien moins souvent malade. Mais j'y reviendrai. Et puis je me soigne différemment. Je n'ai pas de médecin, il est rare que j'en consulte bien que ce ne soit pas une question de moyens puisque j'ai droit à la CMU complémentaire, et je ne fréquente les pharmacies que pour l'homéopathie. Évidemment si j'ai un doigt coupé qui nécessite trois points de suture, je vais aux urgences. Mais je n'ai consommé aucun médicament depuis environ quinze ans.

Quand je suis malade, je cherche des remèdes naturels et je me fixe sur un rituel. Puis selon l'évolution, j'opère des changements ou tente d'autres formules. Ces jours-ci c'est diffusion d'huile essentielle de Niaouli, inhalation d'eucalyptus, infusion de gingembre au miel de thym, infusion froide de fruits frais avec du citron, gargarisme de vinaigre de cidre chaud et lavage des dents au bicarbonate de soude tout de suite après.

Et puis je reste enfermée. Je fais des siestes, étant donné que je dors très mal la nuit entre la toue, la chaleur, les sueurs, les impatiences dans les jambes. Enfin, le jour aussi ça n'est pas une sinécure. Difficile de s'enfoncer dans le sommeil quand le gamin des voisins de palier passe ses vacances à faire de la trottinette dans leur appartement.



Dans un sens, je peux dire que je sacrifie ma santé à emprunter les transports alternatifs. Bon, il est vrai aussi que dormir dans une pièce impossible à rafraîchir la nuit sans laisser la fenêtre grande ouverte oblige à baigner dans un léger courant d'air. L'atmosphère devient alors très sec et lorsque l'aube pointe, certaines couches, flottant au dessus du lit en nappes, sont presque froides. La solution serait-elle de dormir nu avec une écharpe ?

D'un autre côté, je ne regrette pas de ne plus avoir de voiture. Malgré des véhicules polluants, bruyants, en nombre insuffisant et aux horaires aléatoires, les atouts du bus sont nombreux. Plus de problème de stationnement, plus d'assurance à payer, plus de budget pour l'essence, l'entretien et les pannes éventuelles, plus d'agressivité à subir de la part des autres usagers, plus de moments perdus dans les embouteillages à fixer chaque centimètre d'asphalte à avaler, et passés dans une sorte de tunnel, un isoloir, un sas étanche qui déconnecte du décor, de sa lumière, ses sons, ses odeurs.

Prendre le bus est pour ma part d'abord être un piéton, ce qui suppose une liberté de mouvement et une autonomie subtile qui échappe au conducteur de SUV qui se gare sur les trottoirs. Mais des deux, lequel est susceptible d'arriver à se faufiler entre deux potelets, à un feu rouge et sous la barrière d'un parking ?

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Matin de canicule


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Il fait très chaud. Le jour procure un nettoyage complet de la peau tant on transpire de partout. Je n'avais pas connu ça ailleurs qu'à Tokyo en juin 2011. Mais ici c'est presque pire vu que la ville, les équipements urbains, les commerces ne proposent que des espaces fermés et climatisés comme toutes commodités.



Pas de distributeurs de boissons dans les rues, pas d'humidificateurs pour rafraîchir les ruelles piétonnes, pas de toilettes publiques dans chaque périmètre à l'échelle du piéton, pas de transports publics correctement ventilés, pas de verdure intégrée et de rues arborées - ou si peu - pas d'ombre, ou plutôt pas de banc confortable à l'ombre, pas d'espace public réapproprié par les habitants où sont disséminés des jardins en pots.



La nuit aussi il fait très chaud. L'immeuble n'étant pas isolé, toute la chaleur accumulée dans les murs et les combles retombent dans mon appartement situé au dernier étage. Aucun air frais ne réussit à circuler pleinement dans les pièces malgré toutes les fenêtres ouvertes.

Le sommeil s'en trouve agité. Je me réveille plusieurs fois, les jambes lourdes, douloureuses, avec des impatiences. Sous la couette j'étouffe, dessus je frissonne et je gigote dans tous les sens. Le matin, quand le phénomène des températures s'inverse, quand le soleil recommence à chauffer l'atmosphère du dehors et le côté nord de l'immeuble, c'est à dire celui de la cuisine et de la pièce bleue, alors l'air de la chambre s'allège, s'adoucit, et le manque de sommeil ferme de tout son poids mes paupières.

Difficile dans ces conditions de se lever avant onze heures et demi, sans pour autant se sentir reposé. Le premier repas de la journée est donc pris plusieurs heures après, le temps de boire beaucoup, de se réhydrater, de se réveiller graduellement.

Manger de la douceur, de l'eau et de l'énergie.

Eau et jus d'argousier, infusion de concombre ou de citron avec de la lavande, de la menthe, du thym ou de l'ortie. Quelques minutes sur le net, un peu de rangement, aération du lit qui déborde sur la fenêtre, salutation au soleil, câlins à Bouddha, ma lapine, qui elle aussi a du mal à émerger par ces chaleurs.

Puis banane, abricot, kiwi, melon, myrtilles, une poignée d'amandes et de noisettes, un filet d'huile de chanvre, feuilles de framboisier et une pincée de gingembre.



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