L'aménagement rubicubique


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Cette pièce essentielle à la vie, où l'on profite d'un point d'eau chaude et d'un point d'eau froide, où l'on peut installer un appareil de cuisson, un réfrigérateur, une table et des chaises pour manger confortablement, cette pièce a été conçue dans mon appartement pour que tout cela ne puisse jamais loger dans le même temps.



Ce n'est pas qu'elle soit foncièrement petite, mais elle est relativement étroite, tout en longueur. Sa porte, une fois ouverte en grand sur la gauche, empiète sur les deux tiers du mur. Un mur justement pourvu d'un large radiateur en fonte. En face, sur la droite, un branchement au gaz de ville fixé au beau milieu du mur empêche tout meuble d'être disposé en étant correctement aligné contre le mur.

Suit juste après un renfoncement qui accueille un meuble surélevé de l'évier. Perpendiculaire à ce meuble, deux poteaux espacés d'environ un mètre sont les restes d'un mur abattu, autrefois pourvu d'une porte et d'une fenêtre qui donnaient sur une loggia. Sorte de balcon avec un garde-fou plein. L'appui de la fenêtre a été conservé, en béton peint d'une couche de blanc, pour y fixer une tablette en mélamine.



On accède ainsi à ce prolongement de la pièce par l'encadrement qui recevait l'ancienne porte. Et tandis que la cuisine est carrelée de petits carreaux d'un camaïeu beige et ocre, le sol de la loggia a été recouvert de dalles de plastique collées couleur crème. Quant au garde-fou, il a été remplacé par une cloison externe comprenant un ensemble de vitres fixes et de deux fenêtres.

Le double vitrage est nettement apprécié dans cette pièce exposée au nord et côté rue. L'ennui c'est que les battants sont à une hauteur peu confortable. Le cadre des fenêtres a été fixé au raz du plafond. Et sous chacune d'elle, il y a une vitre d'environ trente centimètres de hauteur. Si vous ajoutez à cela la surface du cadre entre chaque vitre, vous obtenez un gabarit de fenêtre pour Wisigoths. Pour faire simple, les poignées m'arrivent au niveau du nez. Et lorsque je secoue un tapis, je dois monter sur la pointe des pieds, le rebord m'arrivant sous les aisselles.



Laver les carreaux suppose d'autant plus une fameuse gymnastique pour accéder à l'extérieur des vitres fixes. Lavage régulier car exposés au nord, les cadres se recouvrent de lichens à l'extérieur et de moisi à l'intérieur. Je fabrique alors un balai-éponge avec une brosse et des torchons, que je trempe dans de la lessive, puis je tourne le dos au mur, bien calée contre la fenêtre ouverte, et je passe le balai à l'extérieur, en étirant les bras au maximum sur le côté, pour effectuer des mouvements de va-et-vient, en hauteur, à la vertical, en espérant atteindre l'angle tout en haut de ce foutu carreau où s'accumule les traces de pluie. Ce à quoi je réussis rarement.

La taille des battants n'est pas non plus un exemple d'ingéniosité. La profondeur de la loggia d'un peu moins d'un mètre n'a pas dû être prise en compte. Du coup on doit choisir entre ouvrir une fenêtre ou passer devant la fenêtre. Les deux n'étant pas compatibles sous peine de se faire énucléer par l'angle du cadre ou la poignée.



Or on passe souvent devant la fenêtre car on accède par là à un petit cagibi où se trouve le cumulus et les branchements pour mon lave-linge.

Ce cagibi a été construit par une cloison coupant en deux la salle de bain. Celle-ci se trouve juste de l'autre côté du mur droit de la cuisine, celui derrière l'évier. Les arrivées d'eau et les évacuations ont alors été refaites dans l'ignorance totale des effets de la gravité. Un gros bricolage par un plombier sous amphétamine. Du coup la baignoire reflue environ tous les deux mois, et quand la machine à laver vidange, elle fait déborder le siphon du cumulus.

Trois visites techniques de l'entreprise chargée de la maintenance de l'appartement ont été nécessaires pour établir qu'elle ne pouvait rien faire. Un petit seau en métal reste donc attaché en permanence sous le cumulus.



Pour l'aménagement de la cuisine, enlever la porte a nettement simplifié l'équation. Reste que l'installation d'une table et des chaises pour y manger a été abandonnée, préférant un maximum de plans de travail pour être à l'aise en cuisinant. C'est à dire deux. Un de trente centimètres entre la gazinière et le table top le long du mur de droite avant l'évier, et une console de deux mètres juste en face. Le tout, tout en bois de pin ou de hêtre.

Dans la loggia, même type de meubles, mais plus petits, mis en place au fur et à mesure, en fonction du budget. Pendant longtemps, il n'y avait rien, juste des plantes vertes. Même la gazinière a attendu une année au fond du grand placard avant de trouver sa place. Jusque là, je cuisinais sur deux plaques électriques de camping.

Ailleurs dans la pièce, deux petites dessertes pliables ici et là, puis une petite table ronde en métal, un modèle pour jardin, calée sous la tablette en mélamine de l'ancienne fenêtre. Ça bouche les espaces restant, supporte les paniers de légumes, les bouteilles d'eau ou la vaisselle juste sortie de l'égouttoir.



Par chance, ma grosse poubelle jaune a pu s'incruster contre le radiateur et la longue console. Mais si je devais un jour changer mon frigo vieillissant, qui supporte de moins en moins les épisodes de canicule, à moins de prendre le même petit format, du reste nettement insuffisant, je serais contrainte de brancher le nouvel appareil dans le cagibi, à la place de l'étagère à chaussures.

Mais où mettrais-je les chaussures ? Et que faire de l'espace laissé vide par le table top ? Qui sert aussi d'étagère pour les pots d'ustensiles, d'aromates, les allumettes, le gros sel, le sopalin... et même de plan de travail...



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