Poil de boue


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Accepter la disparition, la fin, l'arrêt, c'est presque facile. Tout disparaît, s'éteint, s'arrête un jour ou l'autre. C'est une chose que l'on apprend assez vite dans la vie. D'autant plus quand on a le souci du détail et le goût pour la perfection. Mais accepter que la perte n'en finisse pas, qu'elle soit difficile, douloureuse, injuste.



Quand tout fout le camp en même temps, quand le monde s'étiole, que les experts annoncent la catastrophe pour dans douze ans, que plus rien n'a de sens, que les mots sont usés jusqu'à l'os pour leur faire dire leur exact contraire, qui est un mensonge, que le proto-fascisme s'étend avant qu'on ai eu le temps de dire ah bon, c'est pour de vrai, et que demain il faudra racheter des oeufs, parce que "la vie continue"...



Quelle couleur est à la rescousse du désarroi pour réussir à enrober chaque nouveau jour de la nécessité de continuer ?

Celle de l'onde, de la fumée, de la suie, de la cendre ? Pour faire que seul l'instant compte, ne ressentir que la minute, s'enraciner dans la seconde et ne décider qu'à partir d'elle. S'enfoncer jusqu'à la tête dans la gadoue, quitte à figer. Écarter les doigts et laisser la douceur de la glaise glisser entre, respirer la terre par les pores. Manger son chagrin et rêver de reprendre sa marche.

Effleurer l'espoir de partir, pouf, de s'éparpiller façon puzzle. Avec pour bagage le seul besoin, le devoir, de résister. Et puis finir par se suicider aux particules de Maillard.



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Spicy hot chocolate


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Global warming doesn't only mean sunny days more frequently during the year. It generates great differences from one week to another, makes us wearing only a shirt in march and a wool cap during april. From a comfortable temperature to big grey clouds and cold wind just after. From months without one drop of rain to a deluge in just one night.
But this year, one more step has been climbed.



Since I live in this city, with view of a piece of nature, I have seen the trees to adorn themselves with new leaves always at the same period, in the middle of march, and quite quickly, making the surprise from a day to another.



But this time, it has taken three weeks, sometimes more than a month for certain variety of trees. The little fresh and light green leaves opening very slowly, growing with lots of difficulties because of the lack of water.

And this is a very bad sign of our time, that should worry us a lot.



So, between this sad begining of spring, with naked trees, and all the others bad news over the country, over the world... And the return of the cold which makes me poorly sick two days on seven, I often really need something soothing and comforting, at a moment, during a long day, between tiredness, boredom and soreness.

Here is the simple sweet and generous hot drink I prepare.

  • In a pan, pour milk, cocoa, rapadura, and heat over very low fire.
  • Add a teaspoon of cinnamon powder and a pinch of four spices.
  • Dissolve the cocoa and spices well and wait for the mixture to simmer slightly.
  • Serve with candied ginger cubes and amaranth chocolate biscuits, low carb, organic and gluten free, from [ l'Épicerie Locale ] of Aline and Olivier.


DClassé dans : Mes découvertes ,Mots clés : English, Gluten free, Planet, Spring, Sweets

Matin peau de chagrin


Rédigé par - corOllule dU cHamp Du pOirier - le e

Dans un film, quand un personnage se réveille, il commence toujours par d'abord ouvrir les yeux, regarder autour de lui, puis par revenir petit à petit à la réalité. Parce que sans doute c'est une manière visible de mettre en scène le réveil. Mais dans la réalité, cette dernière s'impose au cerveau par les sons environnants qui petit à petit arrivent à la lisière de la conscience et tirent celle-ci de sa léthargie. Autrement dit, le matin quand j'ouvre mes yeux, ça fait belle lurette que [ le voisin du dessous ] m'emmerde avec son radio-réveil à tue-tête et ses allers et venues en chaussures de sécurité.



L'expérience du réveil n'est sans doute pas universelle. D'autant moins vu les nombreux troubles du sommeil dont sont atteints les gens dans nos contrées. Pour ma part, dormir n'est pas du tout une phase de repos. Ou rarement. Et si un matin, aux premières lueurs des projecteurs qui s'allument automatiquement autour de la maison de quartier au pied de mon immeuble - donc vers six heures du mat - on m'annonçait qu'exceptionnellement on double le temps de la nuit et que sous l'effet d'un rewind interstellaire le ciel redeviendrait instantanément noir, je prendrais une profonde inspiration et calerais mon oreille gauche dans la plume avec le plaisir de retourner à mes rêves, bercée par la chance inespérée de peut-être combler cette fois vingt cinq ans de déficit.



C'est le lycée qui dans un premier temps entama la qualité de mes nuits. Levée durant quatre ans - j'ai redoublé ma seconde - à six heures du mat - c'est un horaire qui me poursuit - pour pouvoir prendre le TER qui raccourcissait les vingt quatre kilomètres qui me séparaient de l'éducation nationale. Mais c'est le travail qui mit un point final à ma capacité de m'endormir dès que mon oreille gauche touchait la plume. Enfin le Dacron®, à l'époque.



Des années à alterner horaires d'ouvertures avec shifts de fermeture. C'est les mains dans la graisse froide à récurer les cuves à frire quand le matin il fait encore nuit, quand l'estomac n'avalera rien avant onze heures et que le cerveau n'est pas tout à fait reconnecté au corps. Puis c'est les pieds qui piétinent jusqu'à la fin du service à deux heures dans la nuit, ce qui suppose une sortie du boulot à trois, avec dans le corps toutes les vannes de réserves d'énergie ouvertes en grand pour pouvoir boucler la procédure de démontage, nettoyage, remontage et brossage du sol en moins de quarante cinq minutes. Vannes qui ne se refermeront qu'une bonne heure plus tard, au point d'avoir besoin d'enchaîner au bar d'à côté, à danser hilare sur le comptoir, traînant dans mon sillage l'odeur industrielle d'huile de colza brûlée imprégnée dans mes cheveux.



Ce rythme à la con déglingue vite tous les petits ressorts de l'horloge circadienne. Et encore j'ai le mérite de ne m'être aidée d'aucune substance chimique, voire illégale, pour me booster et ensuite pour me calmer.



Aujourd'hui quand mes yeux s'ouvrent le matin, la première émanation de mon corps est un regret, un soupir, blasé que je suis du même état des lieux, du montant de ma dette de sommeil qui sans cesse enfle, comme mes paupières, et contre le remboursement de laquelle tous les éléments de mon environnement, vélomoteurs, voisins, voitures, voyous, vacataires des espaces verts, tous les virtuoses braillards et autres vilipendeurs de la paix sociale, se sont ligués pour que jamais je bénéficie d'aucun rétablissement personnel.



La matinée est déjà pas mal entamée, me laissant à mon amertume d'une journée qui s'annonce trop courte pour avoir l'impression d'en avoir fait quelque chose. Je rabats un coin de ma couette, attrape pantalon de pyjama et veste - selon la saison - chausse mes lunettes posées sur les lectures en cours et me lève pour ouvrir le volet. Depuis plusieurs mois, [ Sorcières ] de Mona Chollet ne quitte plus mon chevet. J'alternais sa relecture avec des ouvrages compilés sur ma liseuse.... jusqu'à ce que j'entame l'excellente [ trilogie Subutex ] de Virginie Despentes.



Sous le couinement de la manette qui enroule le panneau de plastique articulé, la lumière qui entre dans la pièce agresse ma pupille encore toute dilatée. J'enfile mes bracelets d'ambre et d'agate de Botswana pour parer aux démangeaisons du cou et du tronc, inhérentes aux frottements de la peau avec le linge de lit et l'air trop sec de la pièce durant la nuit, et qui par je ne sais quel processus physique se réveillent avec moi une fois mon corps à la vertical. Pieds nus, je tire la porte de la chambre restée entrebâillée et longe le couloir vers le salon, domaine de Bouddha qui attend que le reste de la maisonnée la rejoigne.



Parfois elle manque de patience et vient aux aurores mordiller la tranche de ma porte de chambre, se poste dans l'encadrement en me regardant, navrée et fascinée de mon état comateux malgré la gigantesque cabane moelleuse qu'elle rêve d'annexer, avant de se sauver à toute allure vers la cuisine où elle va mâchouiller un tapis. Quelle que soit son humeur, la retrouver chaque matin force le rire. Elle est mon deuxième réveil, le vrai. Celui sans lequel je n'imagine pas entamer les rituels de mes jours. Celui qu'elle tapisse d'une douceur indicible, qu'elle fait jamais identique, toujours imprévisible, et en même temps avec tant de régularité qu'elle en est le garant, un pilier, un étai, dans l'espace effrité, craquelé, étriqué de mes nuits.


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